Les arts. L'oeil et l'esprit

Transgresser pour régner

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Cet article est issu du numéro 36 de Philosophie magazine « 36 - février 2010 », en kiosque le 21 janvier 2010. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

La consécration de Christian Boltanski révèle le paradoxe de l’art contemporain : être à la fois subversif et institutionnel. Nathalie Heinich, sociologue et disciple (critique) de Pierre Bourdieu, étudie ce jeu.

Chaque année, un artiste de renommée internationale est invité à prendre possession du Grand Palais avec une œuvre spécialement conçue pour le lieu. Cette année, c’est le Français Christian Boltanski qui est à l’honneur de la « Monumenta ». Difficile d’imaginer plus belle consécration pour l’art contemporain. Mais la reconnaissance institutionnelle s’accorde mal avec le principe de cet art, tel que le conçoit la sociologie inspirée de Pierre Bourdieu.

Selon Nathalie Heinich, l’art contemporain se caractérise par son obstination à transgresser tous les critères artistiques établis avant lui ou par lui, dont les institutions sont justement les gardiennes. Fidèle aux leçons de Pierre Bourdieu, elle considère l’art de notre temps comme un champ où s’affrontent diverses positions, définies les unes par rapport aux autres, et où les acteurs ne cessent d’interagir. Au gré de ce jeu, chaque catégorie d’art se dote de ses critères, le propre de l’art contemporain étant de les enfreindre tous. Bourdieu l’avait déjà noté : la logique de la révolution permanente propre à l’avant-garde est peu à peu devenue la loi de fonctionnement du champ – celle, du moins, de l’art contemporain, corrige Nathalie Heinich, qui étudie les types de transgressions, notamment à partir des œuvres de Boltanski.

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