Dossier / “Comment cultiver la bonne humeur ?”

Un jour sans plainte

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Un jour sans plainte

© William L.

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Cet article est issu du numéro 178 de Philosophie magazine « Comment cultiver la bonne humeur ? », en kiosque le 21 mars 2024. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Si les grands penseurs ne sont pas tous des boute-en-train, certains ont imaginé des moyens de ne pas gâcher leurs journées en se laissant envahir par le spleen ou l’irritation. Du matin au soir, suivez donc le parcours des classiques pour garder le sourire. Mais attention aux chausse-trappes ! 

 

Bien commencer sa journée

Avec Sénèque (4 av. J.-C.-65 apr. J.-C.)

Le début d’une journée est aussi important que les premières lignes d’un roman. Il ne faut pas se rater ! Et pourtant, si nous plongeons d’emblée dans notre planning surchargé, nous gâchons un beau moment. Sénèque, dans De la brièveté de la vie, nous engage à ne pas suivre la voie de ceux qui plongent dès le réveil dans « l’affairement à vide » et un mécontentement grognon. Accueillir le jour, qu’il soit morne, voire carrément moche, permet de ne pas y projeter de désirs trop grandioses ou d’inquiétudes paralysantes. Sénèque propose d’ailleurs de concevoir « toutes ses journées à l’instar d’une vie ». La matinée est le moment de l’enfance, innocente et pleine de découvertes. De quoi donner envie de se lever.

 

Supporter les transports

Avec Marc Aurèle (121-180)

Même paré des meilleures intentions, sortir de chez soi pour prendre place dans un bus bondé, éviter les passants qui ont le nez dans leur téléphone ou mariner dans les embouteillages constituent souvent des moments de bascule dans l’énervement ou l’agressivité. Un autre penseur stoïcien, Marc Aurèle, conseille dans ses Pensées pour moi-même de ne pas prêter attention à l’entourage et de ne pas se demander quelle image on lui renvoie : « Que de loisir on gagne à ne pas observer ce que dit le voisin, ce qu’il fait ou ce qu’il pense, à voir seulement ses propres actions […]. Ne regarde point autour de toi ; cours droit sur ta ligne. » Pour supporter le présent, il propose une bien jolie formule : « Prends ta détente sans te relâcher. » Concentré sur son livre, son téléphone ou ses pensées, mais avec coolitude. 

 

Attention au coup de sang !

Avec Sloterdijk (né en 1947)

Là, c’est vraiment trop ! Votre voisine de métro fait comme si vous n’existiez pas, un vélo a failli vous renverser… La colère vous envahit. Elle se manifeste par un coup de coude ou de gueule. Dans Colère et Temps, Peter Sloterdijk évoque la colère d’Achille au début de l’Iliade. Elle provoque des catastrophes en série. À notre petit niveau, elle peut gâcher les meilleures dispositions. Mais le philosophe allemand ajoute qu’elle permet aussi de ne pas se laisser miner par le ressentiment – le plus sûr moyen de perdre sa bonne humeur pour la journée. Si elle est brève (et pas trop violente), la colère n’est pas si grave et ne constitue qu’un accident de parcours.

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