Dossier / “Comment cultiver la bonne humeur ?”

Que notre volonté soit fête

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Que notre volonté soit fête

© Benoit Paillé

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Cet article est issu du numéro 178 de Philosophie magazine « Comment cultiver la bonne humeur ? », en kiosque le 21 mars 2024. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

L’humeur ne se décrète pas, c’est entendu. Mais, moins grandiose que le bonheur ou la joie, c’est elle qui fait de nos journées une vivifiante promenade ou un triste tunnel. Alors, comment la saisir au vol et l’entretenir ? Trois voies existent pour ne pas (trop) déprimer. 

 

Proposer aujourd’hui un dossier sur la méthode du bonheur ou l’art de la joie serait presque indécent. Quel bonheur dans un monde de plus en plus angoissant ? Quelle joie alors qu’autour de nous les gens souffrent ? C’est pourquoi nous nous donnons un objectif plus modeste : cultiver sa bonne humeur, passer une bonne journée sans trop râler ni s’énerver, se sentir léger et vivant, répandre une traînée d’entrain tout autour de soi. Même s’il semble la plupart du temps dérisoire aux philosophes, cet objectif, au moins, est à notre hauteur.

Mais existe-t-il une méthode pour susciter la bonne humeur ? Il y a une centaine d’années, un pharmacien exerçant à Troyes vendait ses médicaments avec des paroles de réconfort et considérait que la guérison était surtout une question d’imagination. Selon lui, il était possible d’agir sur notre inconscient grâce à l’autosuggestion, à l’hypnose ou à la répétition de paroles positives. Son nom ? Émile Coué. Moquée après sa mort en 1926, sa vision est aujourd’hui partagée par certains adeptes de la pensée positive. Il suffirait de quelques efforts, voire, au travail et dans les événements collectifs, d’un chief happiness officer ou de quelque autre ambianceur pour retrouver le sourire.

Le problème, c’est que l’humeur ne se décrète pas. Contrairement aux émotions, elle ne naît pas d’un événement particulier et ne se manifeste pas aussi nettement par un rire ou des larmes. Elle apparaît on ne sait trop comment, flotte silencieusement, colore l’atmosphère, puis s’évanouit. D’un côté, elle dépend de nous, de notre état d’esprit, de notre manière de regarder les choses et les gens. De l’autre, elle émerge d’une ambiance et dépend d’autrui. La bonne humeur est pleine de paradoxes. Elle procède de notre volonté de glisser sur ce qui déplaît, de ne pas trop nous plaindre, de concentrer notre attention sur ce qui peut nous faire du bien. Mais elle n’a vraiment rien d’un code moral explicite et efficace à tous les coups. Elle se manifeste par une forme de disponibilité à autrui mais aussi par une certaine distance afin de ne pas se montrer intrusif. Elle ne se provoque pas mais est contagieuse. Il faudrait la saisir au vol plutôt que la créer ex nihilo, puis la faire durer. 

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