Coup de fil
Un philosophe géorgien explique la mobilisation de la jeunesse contre la “loi russe”
Manifestation à Tbilissi en Géorgie, le 26 mai 2024, pour protester contre la loi sur “l’influence étrangère”. © Giorgi Arjevanidze/AFP
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Depuis plusieurs semaines, des dizaines de milliers de Géorgiens descendent dans la rue pour protester contre la loi sur les « agents étrangers », qui exige l’enregistrement officiel de toutes les organisations non gouvernementales et associations qui reçoivent plus de 20% de subventions étrangères. Une loi empruntée au régime russe, qui risque d’imprimer un tournant autoritaire et pro-russe dans cet État du Caucase largement pro-européen. Éclairage avec le philosophe géorgien Gigi Tevzadze, joint par téléphone.
Comment résumeriez-vous la situation en Géorgie ? Pourquoi les gens descendent-ils dans la rue ?
Gigi Tevzadze : Le contenu discriminatoire et violent de la « loi russe » a rendu évident, en particulier pour les jeunes, que le gouvernement s’aligne sur la Russie. Il est devenu clair pour tout le monde, ou presque, que le parti au pouvoir, Rêve géorgien, et le gouvernement sont des satellites de la Russie ou, plus précisément, qu’ils font partie de ce régime. Cette prise de conscience explique pourquoi les manifestations rassemblent de plus en plus de monde.
“Aujourd’hui, l’occasion se présente de se débarrasser une fois pour toutes de notre assujettissement à la Russie”
Difficile d’exister face à un voisin puissant comme la Russie…
L’identité géorgienne a été façonnée au cours des deux cents dernières années par la confrontation avec la Russie, en commençant par l’occupation par l’Empire russe en 1801, suivie par l’occupation soviétique en 1921. Même après l’effondrement de l’Union soviétique, la Géorgie n’a pas connu une seule année de paix exempte d’accaparement de territoires, de subversions et de guerres de la part de la Russie. Au cours de ces plus de deux cents ans, une identité bipolaire s’est formée en Géorgie, avec, d’un côté une forte opposition à la Russie et, de l’autre, un désir d’être soumis à la Russie. Aujourd’hui, l’occasion se présente de se débarrasser une fois pour toutes de notre assujettissement à la Russie.