Portrait

Fiodorov, l’excentrique penseur russe qui voulait ressusciter les morts

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Couvertures de “Philosophie de l’œuvre commune” et “Correspondance (1873-1903)”, de Nikolaï Fiodorov

Couvertures de “Philosophie de l’œuvre commune” et “Correspondance (1873-1903)”, de Nikolaï Fiodorov. © Éditions des Syrtes, 2021

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La traduction d’un auteur culte, quoique méconnu du grand public, vient de paraître. C’est la Philosophie de l’œuvre commune et la Correspondance (toutes deux aux Éditions des Syrtes, 2021) de Nikolaï Fiodorov, un penseur russe de la fin du XIXe siècle. Quel est son projet, qui a passionné Tolstoï ou Dostoïevski ? Utiliser les sciences, non pour fabriquer des armes mais pour trouver un moyen de faire ressusciter nos ancêtres. On vous explique.

 

À la fin du XIXe siècle, tous les intellectuels russes connaissent Nikolaï Fiodorov. Il est le bibliothécaire, depuis 1874, du musée Roumiantsev. Ce magnifique palais à colonnades, sur son promontoire, fait fièrement face au Kremlin, à Moscou. C’est la plus grande bibliothèque du pays. Elle deviendra l’équivalent de notre bibliothèque nationale. Cet homme simple et humble, fils naturel du prince Gagarine, laisse gentiment somnoler les étudiants, mais dialogue avec les plus grands noms de son temps – Tolstoï, le philosophe Vladimir Soloviev, Maxime Gorki… Il est presque un personnage de légende, car il distribue aux pauvres l’argent qu’il gagne, rejette l’idée de propriété et dort sur une malle, dans une austère cellule. On l’appelle le « Socrate moscovite ». Il refuse de publier ses idées. Mais il a une philosophie bien à lui, qu’il discute avec qui veut bien l’entendre. Selon Fiodorov, l’humanité, déchirée par les guerres et la recherche du confort matériel, doit s’unir autour d’un projet enthousiasmant : ressusciter les ancêtres.

Un marxisme chrétien ? 

Dans sa Philosophie de l’œuvre commune, publiée après sa mort par ses disciples (et désormais traduite en français par une petite équipe de courageux traducteurs, sous la direction de la slaviste Françoise Lesourd), Fiodorov déploie cette idée qui paraît folle. Celle-ci propose la fusion originale de la foi chrétienne, dont il est un adepte passionné, et les théories sociales et politiques qui agitent les activistes et les révolutionnaires russes de l’époque. Fiodorov entend renouveler le christianisme, dont le dogme central est celui de la résurrection des morts, en mettant les hommes à la tâche. Il s’agit pour nous de passer de la prière à la pratique, de la contemplation à la l’action. Non pas interpréter le monde, mais le transformer, comme écrivait Karl Marx peu avant lui.

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