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“Vivre en temps réel”, de Frédéric Worms 

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“Vivre en temps réel”, de Frédéric Worms 

© Bayard

Entre les confinements et les reconfinements, les couvre-feux, les justificatifs et autres limitations de déplacement, il est évident que le contexte de la Covid-19 a bouleversé notre rapport à l'espace. Mais il inaugure également une « nouvelle expérience temporelle », soutient Frédéric Worms dans son nouvel essai Vivre en temps réel (Bayard, 2021, sortie le 10 mars 2021). 

Selon le philosophe, nous sommes en train de vivre un rapport au temps aussi inédit que paradoxal, puisqu’il se définit comme une urgence qui se prolonge et s’installe dans le temps, c’est-à-dire qui « cesse d’être exceptionnel[le] pour devenir notre condition ». 

De là à dire qu’au-delà du drame qu’elle constitue et des souffrances qu’elle occasionne, la pandémie nous offre une chance pour repenser la temporalité, il n’y a qu’un pas que le philosophe n’hésite pas à franchir...

Vivre un événement en temps réel

L’analyse de Frédéric Worms commence par une réflexion plus générale : que se passe-t-il lorsque nous vivons un événement majeur comme un attentat terroriste ou une Coupe du monde de football ? Nous disons que nous le vivons « en temps réel », remarque Worms, qui pousse le questionnement : « Que voulons-nous dire exactement ? Que voulons-nous souligner par cette insistance sur le temps, comme s’il nous était apparu alors, à cette occasion, dans sa réalité, comme si cela aggravait encore l’expérience » ? Ces occasions nous donnent le sentiment du temps, autrement dit elles le font surgir au devant de la conscience là où, d’ordinaire, nous n’y prêtons guère attention.

 

En direct live 

Sous nos yeux, sur les chaînes de télévision, se déroule ainsi en continu un événement qui n’est pas un simple « spectacle » extérieur puisque nous le vivons personnellement comme si nous en étions les acteurs. Si lointain et collectif qu’il puisse être, nous avons le sentiment de nous trouver reliés aux autres dans la gravité d’un moment de l’histoire commune qui est en train de s’écrire. Worms précise : « Ces événements ne sont pas vitaux seulement parce qu’on les a “vécus”, mais bien plutôt pour la raison contraire : nous disons que nous les “vivons” ou que nous les avons “vécus”, parce qu’ils sont vitaux, parce qu’il s’y joue quelque chose qui concerne notre vie, dans sa tension avec la mort, quelque chose qui se passe, entre la vie et la mort. Nous ne les “vivons” pas seulement au sens faible du mot, presque synonyme de voir ou ressentir (“comment l’as-tu vécu ?”, “ça sent le vécu”), mais bien au sens vital. »

 

La pandémie, épisode critique ou maladie chronique ?

Or, selon Worms, la pandémie actuelle représente bien plus qu’un événement parmi d’autres puisqu’elle a pour caractéristique unique d’être un événement qui dure, qui s’installe dans le temps : c’est le paradoxe d’une urgence qui surgit à un moment donné mais qui s’étend au lieu de se refermer, qui ne se termine pas et pourrait même peut-être ne jamais se terminer… Et si la pandémie était une maladie « chronique » et non seulement un épisode « critique » (avec un début, un milieu et une fin), fût-il long ?

 

Le spectre de l’effondrement 

La conséquence est que la pandémie porte confusément avec elle un autre sentiment : elle rend concrète l’impression d’un « changement global d’époque » que certains situaient plutôt dans notre rapport au climat, à la technique ou au numérique, par exemple. « La pandémie nous donne en quelque sorte dès maintenant cette impression de “fin du monde” que d’aucuns prévoyaient sous des formes plus tonitruantes, mais qui arrive comme une vapeur respiratoire entre les humains, éclipsant déjà et peut-être provisoirement les autres prétendants à l’apocalypse », analyse Worms. Dans l’imaginaire collectif, la pandémie deviendrait ainsi rien moins que la nouvelle figure de la fin des temps !

 

Vivre en temps réel, de Frédéric Worms paraît le 10 mars 2021 aux éditions Bayard (180 p., 17,90 €). Vous pouvez le commander chez votre libraire. 

(Re)lisez notre entretien avec Frédéric Worms
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