Arts
Yves Michaud dans la caverne du Pont-Neuf : "Ni immersif, ni esthétique"
“La Caverne du Pont-Neuf”, une installation éphémère à Paris du street artiste JR, a été restaurée et consolidée. Elle est ouverte 24 heures sur 24 jusqu’au 28 juin 2026. © Stéphane Ouzounoff/Hans Lucas via AFP
Cet article est réservé aux abonnés.
L’œuvre d’art géante et « immersive » du street artiste JR, La Caverne du Pont-Neuf, vient de rouvrir ses portes à Paris après une fermeture due aux intempéries. Philosophe et critique d’art, Yves Michaud l’a visitée. Et il est très déçu. Voici pourquoi.
Désespérant de voir le Pont-Neuf « version JR » enfin ouvert après les dégâts des intempéries, je voulais au moins apercevoir de loin ce qu’il en était. Quelle ne fut pas ma surprise d’y arriver au moment même de l’ouverture au public, lundi 15 juin dernier à 18h. Quasiment personne, pas de queue, juste des touristes qui voulaient traverser le pont et pénétraient dans le pénétrable – je rappelle que les artistes cinétiques, et notamment Soto, faisaient des sculptures pénétrables à la fin des années 1960.
Pour cet art monumental public à visée immersive, qui, en plus, entend commémorer l’emballage du même Pont-Neuf par Christo et Jeanne-Claude en 1985, il n’y a évidemment pas de bon point de vue.
Ce n’est pas foncièrement gênant : il y a beaucoup d’œuvres qui demandent une approche progressive, même artificieuse, qui se méritent et se dévoilent au terme d’un parcours quasiment initiatique. L’accès à la chapelle des Scrovegni pour voir les fresques de Giotto à Padoue, en Italie, a tout d’une initiation graduelle même dissonante. De même, quand vous voulez aller voir les fresques de Masaccio au Carmine, à Florence. Ici, rien de tel n’est possible : la ville est trop présente avec ses touristes, ses flots de voitures et de deux-roues, avec l’intense trafic fluvial des péniches et bateaux de touristes. La perception est continuellement perturbée et agressée, forcément émiettée, hachée, discontinue et inattentive.