Bac philo 2010
Corrigés du bac philo – filière générale : “Le rôle de l’historien est-il de juger ?”
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Juger peut avoir plusieurs sens : d'un point de vue logique, c'est un acte qui consiste à mettre en relation un ou plusieurs termes. Chez Kant, par exemple, juger revient à penser le particulier sous l'universel. D'un point de vue psychologique, juger désigne l'acte mental par lequel nous posons une assertion comme vraie. D'un point de vue moral ou juridique, juger revient à évaluer pour éventuellement louer ou condamner.
Ces différentes acceptions éclairent la question qui nous est posée. En effet l'historien, c'est-à-dire celui qui fait profession de raconter les faits passés avec un souci d'exactitude scientifique, se heurte à un certain nombre de difficultés qui font que sa neutralité n'est pas acquise : l'histoire étant une connaissance par traces, l'historien est confronté aux lacunes de ses sources, à la vision du monde de son temps. Aussi est-il amené à évaluer les faits quand il cherche à les relier…
Dès lors apparaissent deux cas de figure : ou bien on accorde que l'historien est légitimé à combler les lacunes de ses sources et à valoriser certaines déterminations en interprétant les faits suivant sa propre subjectivité. Mais n'est-ce pas alors concéder que l'historien n'est au fond qu'un romancier ou un idéologue ? Ou bien, on refuse à l'historien toute approche subjective des faits, estimant que la déontologie de son métier l'oblige à ne jamais évaluer les événements, mais seulement à les relier selon un déterminisme neutre. Mais cela ne revient-il pas à faire de l'histoire un récit discontinu et froid, voué à perdre ses lecteurs ? Entre la narration des faits et leur pure recension, quel rôle faut-il assigner à l'historien et au nom de quoi ?