"Devenir animal" de David Abram : l'écologie par la sensation

Une recension de Martin Legros, publié le

Ils sont rares les livres où l’on a le sentiment que la pensée se déploie devant nous, avec autant de rigueur que d’engagement et d’honnêteté. Et d’être en conséquence transformé par ce qu’on lit. C’est incontestablement le cas des livres de David Abram. Avec Devenir animal, le philosophe américain propose une sorte de remède éthique au silence assourdissant du monde, cause première, à ses yeux, de la crise écologique. Prestidigitateur ayant vécu et voyagé dans les contrées les plus lointaines avant de devenir l’une des grandes figures de l’écologie contemporaine – il occupe la chaire Arne-Næss de l’université d’Oslo –, Abram nous invite ni plus ni moins à réapprendre à éprouver le monde avec notre corps : à sentir la chaleur du soleil sur notre peau, à entendre le vent dans les arbres et le chant des oiseaux, à expérimenter la profondeur d’une chambre comme celle d’une forêt ou à s’émerveiller de l’énigme de notre propre ombre – « ce fragment de nuit qui ne nous quitte pas » –, toutes expériences dont sa prose presque littéraire nous communique la grâce et le mystère. Dans les pas de Maurice Merleau-Ponty, son grand inspirateur avec Arne Næss, il nous propose des descriptions fines et éloquentes des sensations les plus simples autant que des récits stupéfiants de ses rencontres avec le monde animal – de l’araignée qui tombe de sa casquette à la meute de lions des mers croisée en kayak. Et si l’on accepte de le suivre, pas à pas, on a non seulement l’impression de redécouvrir le secret de nos propres sens mais qu’un souffle nouveau s’échappe de ces pages pour nous permettre de respirer et donc de vivre et de penser mieux.

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