La guérison, une promesse démesurée ? La philosophe Laurence Devillairs a lu pour vous “Guérir”, de la médecin et anthropologue Aline Mercan

Une recension de Laurence Devillairs, publié le

On ne compte plus les thérapies plus ou moins techniques, mais souvent miraculeuses, qui sont proposées en librairie, sur Internet, sur les cartes de visite des guérisseurs, dans les cabinets des gourous ou des coachs en développement personnel. Même les philosophes se présentent comme des spécialistes du soin. N’ai-je pas signé moi-même Guérir la vie par la philosophie (PUF, 2017) ? Seule exception à cette profusion de propositions thérapeutiques : les médecins. Ils ont prêté serment de mettre leur compétence au service de la guérison. Mais ils n’ont pas le droit de le dire ni de le revendiquer. « La médecine est soumise à une obligation de moyens et non de résultats. Elle ne promet donc pas la guérison. Elle garantit la mise à disposition des moyens conformes à l’état des connaissances scientifiques du moment pour soulager, et si possible guérir. Seuls les guérisseurs promettent la guérison. » 

Ce que signifie être malade, vouloir guérir et apporter la guérison

Ce paradoxe est au départ de la passionnante enquête d’Aline Mercan sur le pouvoir de guérir. Médecin en oncologie, ayant elle-même survécu à un cancer, elle reçoit les patients en rémission, tout en menant, en tant qu’anthropologue de la santé, des recherches sur les thérapies complémentaires et les pharmacopées traditionnelles, au sein des universités de Grenoble et de Bruxelles. Après trente ans d’exercice médical et bien que la guérison soit son métier, elle s’étonne que cette ambition n’ait jamais été définie au cours de ses études et ne soit toujours pas l’objet d’une réflexion collective de ses collègues. « Guérir, est-ce se libérer de symptômes encombrants ? Ou bien se débarrasser des causes qui nous rendent régulièrement malades ? Est-ce la guérison vue par le médecin ou celle ressentie par le patient ? Guérir l’autre est-il un don ? Un savoir ? Un pouvoir d’agir sur les corps et les esprits ? » Essentielles, ces questions nécessitaient une enquête qui soit étayée sur toutes les formes de soin et de guérison, attestées ou contestées. C’est ce que nous propose Aline Mercan dans ce parcours scrupuleux et exhaustif de ce que signifie être malade, vouloir guérir et apporter la guérison. Elle passe en revue toutes les ressources et les impasses thérapeutiques, de la médecine tibétaine aux psychotropes, en passant par la médecine chamanique, la chirurgie, les effets du stress – notion un peu fourre-tout à laquelle elle donne un sens rigoureux. 

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