“Le Caravage”, de Roberto Longhi : une révolution picturale

Une recension de Martin Legros, publié le

Certains ont en tête ses tableaux les plus célèbres, comme La Vocation de saint Matthieu, où l’apôtre, se saisissant des pièces qu’il vient de gagner lors d’un jeu de hasard, est appelé d’un geste de la main par Jésus ; ou encore L’Incrédulité de saint Thomas, où ce dernier glisse son doigt dans la plaie du corps du Christ ressuscité… D’autres les découvriront dans cette magnifique monographie consacrée au grand peintre italien du Cinquecento et à ses suiveurs, en Italie et en France. Mais tous apprendront que ce rebelle belliqueux, qui fut condamné par contumace pour un crime survenu lors d’une bagarre de rue, inventa peut-être le réalisme moderne. Les corps majestueux et les grandes scènes saintes deviennent avec lui des faits divers dont nous pourrions être témoins aujourd’hui même dans l’espace public. Leur seule grandeur tient à cette réalité nouvelle qu’il a découverte, celle de la lumière et de l’ombre. « Il ne cherche plus la forme des corps splendides, mais découvre la forme des ombres qui touche les corps, beaux ou laids, que ce soit pour les exprimer ou les affirmer dans une lumineuse et provisoire évidence, ou pour les nier et les rejeter dans le gouffre de l’obscurité. » Par sa parole vibrante devant chaque tableau, l’immense historien de l’art Roberto Longhi fait voir et comprendre à son lecteur une révolution picturale.

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