Octobre 2026
Philosophie Magazine #203
Il se démarquait des autres philosophes avec son accent du Sud-Ouest et le charme de son sourire espiègle. Cinq ans après sa mort pourtant, connaît-on bien Michel Serres (1930-2019) ? Pas facile de faire la synthèse d’une œuvre qui comporte une centaine de titres aussi différents qu’une thèse (pointue) sur les mathématiques de Leibniz, des livres consacrés à Hermès ou à l’histoire des sciences, mais aussi des essais comme Le Contrat naturel et Petite Poucette. En le suivant des bords de la Garonne à l’Académie française, en passant par les terrains de rugby ou le Queyras, l’historien François Dosse retrace l’infatigable curiosité de ce grand précurseur, écologiste et féministe, qu’il voit comme « le premier grand philosophe de la communication » ayant pris, très tôt, toute la mesure de la révolution numérique que nous vivons. Penseur des réseaux, celui qui disait avoir « toujours voulu bâtir des ponts » n’a eu de cesse de tisser des liens entre les humanités et les sciences qu’il chérissait avec le même enthousiasme. Et s’il s’est toujours tenu à l’écart de tout engagement politique – ce qui lui coûta peut-être le Nobel de littérature pour lequel il fut nommé à deux reprises, en 2014 et 2017, à l’initiative de l’université Stanford –, ce « renard passe-partout qui a exploré tous les continents du savoir » s’est aussi intéressé à la musique, à la littérature, et a même multiplié les projets pour l’audiovisuel. Une jovialité et une générosité dont Dosse montre qu’elles dissimulaient difficilement la face plus sombre d’un esprit profondément angoissé, mal aimé par sa mère durant son enfance, constamment taraudé par la question religieuse, en quête de reconnaissance et parfois envieux du succès rencontré par ses confrères de la French Theory. On a beau être philosophe, on n’en est pas moins homme.
Cinq ans après la mort de Michel Serres, le spécialiste de l'histoire intellectuelle François Dosse lui consacre une biographie. Un casse-tête que de donner un…
La quatrième édition du Festival Mode d’Emploi organisé par la Villa Gillet, se tiendra du 16 au 29 novembre 2015. Voici en avant-première le texte proposé par François Dosse, qui interviendra lors de la table-ronde intitulée “La vie à…
François Dosse n’est pas un nostalgique des années Giscard, loin de là. Selon lui, la présidence qui se voulait avant tout « moderne »…
Elle est rapidement devenue une légende, détestée des uns, adulée des autres : l’université de Vincennes, créée en 1968, a laissé un souvenir durable à…
Marin, fils d’un marinier de la Garonne, Michel Serres n’a cessé de jeter des passerelles entre des domaines de savoir qui semblaient infranchissables. Homme des confluences adepte d’une philosophie « liquide », il…
Athée, critique de l’aliénation religieuse… et auteur d’une très belle description de la Nativité. C’est en 1940, alors qu’il est prisonnier en…
Très tôt, Spinoza a fait de la joie l’aimant de sa vie. L’incipit de sa première œuvre, le Traité de la réforme de l’entendement (laissé inachevé), en atteste : « Quand l’expérience m’eut appris que tous les événements…
Pleurer la mort de sa femme tout en ressentant une joie secrète à ses funérailles n’est pas le comble du cynisme pour Descartes, mais l’occasion paradoxale d’exercer sa vertu.