Hors-série "Le monde selon Michel Serres"

Michel Serres : le passeur inspiré

Temps de lecture : 7 min

Cet article est réservé aux abonnés.

Cet article est issu du Hors-série n°N° 39 de Philosophie magazine « Le monde selon Michel Serres », en kiosque le 11 octobre 2018. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Marin, fils d’un marinier de la Garonne, Michel Serres n’a cessé de jeter des passerelles entre des domaines de savoir qui semblaient infranchissables. Homme des confluences adepte d’une philosophie « liquide », il navigue sous le ciel étoilé de la connaissance en abordant aujourd’hui les rivages des textes sacrés. Entretien sur le futur de la planète, la contingence et le sel de la vie avec un homme de dialogue, spirituel dans tous les sens du terme.

 

Êtes-vous un optimiste ?

Michel Serres – On a souvent dit que j’étais un éternel optimiste, mais je n’ai jamais dit que le monde était bon, ni qu’il le deviendrait ; j’ai dit qu’il était meilleur aujourd’hui qu’hier. Toutes proportions gardées, mes petits-enfants ont une vie bien plus agréable que celle de mes parents.

 

Mais leur confiance dans l’avenir est moins grande ?

Oh ! la confiance dans l’avenir, c’est relatif… Pour mes parents qui ont connu deux guerres mondiales, elle n’était pas très assurée… Quant à moi, il y a un domaine dans lequel je suis très pessimiste : avec quelques-uns, j’appelle au secours, au secours de notre planète, au secours des fleuves pollués, des glaciers qui fondent et des océans jonchés de nos plastiques. Mais qui nous entend ? Nous ne sommes pas assez nombreux à y croire. La plupart des gens, les puissants en tête, préfèrent fermer les yeux. Après nous le déluge, en somme ! Le schéma est désastreux mais classique : de même que nous savons qu’un jour nous mourrons, mais sans y croire tout à fait, de même nous savons que l’humanité entière va droit dans le mur et nous refusons d’y croire !

"Avec quelques-uns, j’appelle"au secours de notre planète. Mais qui nous entend ?" Michel Serres

 

Que conseilleriez-vous aux générations qui viennent ?

Je ne leur donnerai pas de conseil parce que les jeunes hommes et femmes qui grandissent aujourd’hui comprennent bien mieux que moi la catastrophe qui vient ! Et c’est par eux que passera le salut du monde, si salut il y a. Quant à ce que sera leur futur, je ne me donnerai pas le ridicule de le décrire : on peut dire des futurologues ce que Caton disait des aruspices 1 à Rome : ils ne peuvent pas se regarder sans rire ! Je ne fais jamais de prédictions.

 

Vous affirmez tout de même que l’avenir est sombre…

Ce n’est pas une prédiction, c’est un fait. Bien sûr que l’avenir est sombre. Mais tout n’est pas écrit, donc rien n’est inéluctable.

Cet article est réservé aux abonnés