Sontag

Une recension de Victorine de Oliveira, publié le

Susan Sontag était une intellectuelle brillante et une icône photogénique. Pour celle qui questionnait le pouvoir de l’image et le rôle de la photographie (dans Sur la photographie, paru en 1977), c’est une façon de boucler la boucle avec une touche de glam très West Coast. Dans la passionnante biographie que le journaliste Benjamin Moser lui consacre, ce sont les contradictions qui frappent. Sontag personnifiait une érudition presque désincarnée. Elle a pourtant vécu son enfance sous le soleil californien, parfois éclipsé par la beauté distante de sa mère. Sans cesse, elle tente de mettre à distance un corps dont elle ne comprend qu’avec répugnance les désirs et les impulsions. Si elle fait régulièrement référence aux difficultés d’être femme dans un milieu misogyne, elle ne cherche jamais à produire d’essai ouvertement féministe. Sa voix aurait néanmoins pu être effacée, comme celle de générations de femmes avant elle : son premier essai, Freud: The Mind Of The Moralist (1959), est en effet publié sous le nom de son mari, un universitaire âgé de dix ans de plus qu’elle. Quant à son homosexualité, c’est le plus souvent sous le sceau de la honte qu’elle la vit, ne s’exprimant que rarement en public sur le sujet. Il n’en demeure pas moins que ses Notes on Camp (1964) sont l’un des textes fondateurs de la culture queer. Pour celle que la notion de métaphore hanta comme « une question de vie ou de mort », il est finalement logique d’avoir sans cesse navigué entre la réalité et sa tentative toujours questionnée de représentation symbolique, voire fantasmée.

Les concepts liés à ce livre
Sur le même sujet
Article
11 min
Pierre-Emmanuel Dauzat

Alors que ses chances de survie étaient quasi inexistantes, Susan Sontag, romancière américaine, a exigé la poursuite de traitements douloureux et refusé d’envisager une « bonne mort ». Son fils, David Rieff, essayiste et journaliste,…



Le fil
3 min
Victorine de Oliveira

Longtemps, le travail de Vivian Maier est resté caché dans des cartons au fond d’un box, jusqu’à ce qu’une vente aux enchères le rende à la lumière…

Vivian Maier ou l’art de photographier en secret



Le fil
4 min
Ariane Nicolas

« La déconnexion numérique peut prendre plusieurs formes. Si l’on n’a pas à cœur de passer des jours entiers sans son smartphone, on peut s’y prendre…

Mon été sans rien photographier

Le fil
4 min
Alexandre Jadin

« À l’heure où l’IA permet de produire de faux clichés parfaitement ressemblants, la fonction de la photographie d’“authentifier” le réel, selon le mot de…

IA ? Pas IA ? Le nouvel âge de la photographie