Octobre 2026
Philosophie Magazine #203
C’est l’histoire de l’amour et de la mort. Rebeka et Pauline se rencontrent, s’adorent, et le monde resterait idéal sans cette « grosseur anormale » sous le sein gauche de Pauline. Très vite, le couple entre dans ce « tunnel de la merde en barre » que Montaigne nomma branloire pérenne. Tout s’accélère : on avale ce texte. La romancière, par ailleurs fondatrice des groupes Sexy Sushi, Mansfield.TYA ou Kompromat, passe à la ligne à chaque phrase, muant sa voix en incantation cadencée. C’est sans fioriture. Elle écrit la souffrance en enfant-adulte : « Il y avait une cuisine commune dans laquelle le soir je mangeais des ‘‘pâtes aux larmes”. C’était si triste, mais c’est comme ça que, réellement, je salais mes pâtes. » C’est aussi le stade où l’écriture devient l’unique recours pour exprimer l’indicible : « Le cancer l’a rendue méconnaissable. Je n’ai plus aucun désir pour elle. Si P lisait ces lignes elle me quitterait probablement. C’est très dur ce que j’écris ici, mais je ne sais pas à qui confier ces horreurs et il faut pourtant que je les formule. Je n’écris pour personne. » On a envie de répondre : pour nous. La rémission offrira ses faux espoirs : « J’avais commencé à creuser deux tombes puis on me demandait de les reboucher. » Jusqu’à l’impensable fatalité.
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