Octobre 2026
Philosophie Magazine #203
À foncer tête baissée, nous ne pouvons, nous ne savons plus nous arrêter. Intégral, le culte du travail et de la performance serait-il en train de ronger l’homme, de saper sa meilleure part ? Le philosophe allemand d’origine sud-coréenne Byung-Chul Han est formel : la survalorisation contemporaine de l’activité est un leurre et une menace existentielle. À ses yeux, le sursaut consiste à retrouver le sens et le goût de ce qui s’y oppose frontalement, à savoir « la vie contemplative ». Celle-ci n’est pas abordée sous un angle privatif, comme une absence, un vide ou un manque. C’est un écart qui a valeur de résistance. Réactivation de l’otium des penseurs de l’Antiquité, la vie contemplative s’arrache à l’affairement productif ; elle ne poursuit pas de but, ne vise ni ne sert à rien. Désintéressée, sans pourquoi, elle relève de l’authentique « temps libre », c’est-à-dire libéré des injonctions du faire imposé. Multipliant les références à en étourdir parfois le lecteur, Byung-Chul Han prend pour exemples la flânerie, l’ennui, la fête – notamment rituelle, tel le shabbat juif qui met entre parenthèses la temporalité quotidienne – ou encore la communion avec la nature : à chaque fois, l’inactivité rompt avec la course folle du toujours-plus et éveille notre « capacité à éprouver les choses », à s’abandonner au monde tel qu’il est. Même si le propos s’entoure d’un air de déjà-lu (on pense notamment aux concepts de « désœuvrement » chez Giorgio Agamben ou à celui de « résonance » proposé par Hartmut Rosa), le philosophe défend bec et ongles sa célébration de ces moments suspendus où l’existence, affranchie de tout projet, renoue avec sa « forme intense et éclatante ». De la vie contemplative comme promesse et « formule fondamentale du bonheur », ni plus ni moins.
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