2006-2026 : une histoire philosophique des vingt dernières années

2023 : la mort de Nahel M.

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2023 : la mort de Nahel M.

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Cet article est issu du numéro 200 de Philosophie magazine « On change d'ère ? “Philosophie magazine” a 20 ans ! », en kiosque le 04 juin 2026. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

L’événement

27 juin 2023. À Nanterre, Nahel M., 17 ans, est tué par un tir policier lors d’un contrôle routier. Une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux contredit la première version des faits avancée par les autorités et suscite une vive émotion. Sa mort déclenche plusieurs nuits d’émeutes.

Extrait du n° 172

L’appel à la dignité de Cynthia Fleury

« L’invocation de la dignité est désormais omniprésente. C’est devenu une norme partagée : chacun s’autorise à revendiquer sa dignité. Mais, dans le même temps, force est de constater que les situations de vie indignes ne cessent de se multiplier. Pour l’observer, il n’est pas nécessaire d’aller très loin, sur des terrains de guerre ou de catastrophe naturelle, il suffit de visiter la classe surchargée d’une école primaire de banlieue, les services d’urgence d’un hôpital public, la “colline du crack” de la porte de la Chapelle, à Paris, ou les abords d’un camp de migrants, près de Calais. […] La mort de Nahel nous confronte à deux dimensions de la dignité. D’un côté, la dignité de la personne humaine, et – d’une certaine manière – celle du mineur, une dignité au « carré » qu’il faudrait être capable de discerner derrière la figure du délinquant, sans permis, en délit de fuite. De l’autre, la dignitas au sens presque romain, la place et le statut symbolique de deux policiers qui se sont sentis menacés dans leur intégrité et “autorisés” à tirer sur celui qui était réfractaire à leur sommation d’obéir. C’est un conflit entre deux “grandeurs” pour utiliser une notion de Pascal. À quoi il faut ajouter que les policiers ont cru initialement, du fait de leur statut protégé, pouvoir recouvrir cette atteinte à la dignité d’un mensonge. Par ailleurs, ceux qui se sont identifiés à la victime et à sa dignité bafouée ont le sentiment de ne jamais avoir accès à l’ordre de la dignitas, des statuts et des places légitimes. On a donc bien un conflit de dignité derrière cet événement. »

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