Théâtre

“7 Minutes ” : onze femmes en colère

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Lors de la création au Vieux Colombier en 2021 (la distribution n’est pas la même à la rentrée)

Lors de la création au Vieux Colombier en 2021 (la distribution n’est pas la même à la rentrée). © Vincent Pontet, coll. Comédie française

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Cet article est issu du numéro 162 de Philosophie magazine « Faut-il suivre son intuition ? », en kiosque le 25 août 2022. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Jusqu'où consentir ? À quoi renoncer ? Ce sont deux grands enjeux de cette pièce de théâtre qui met brillamment en scène le monde du travail.

 

Qu’est-ce que sept minutes dans une journée de travail ? Pas peu si l’on considère qu’elles représentent la moitié d’une pause qui en compte quinze. Et presque rien si s’en passer permet de « sauver » l’emploi de deux cents employées menacées par un plan social. À partir de cette alternative, le dramaturge italien Stefano Massini a imaginé un suspense socio-politique haletant, mis en scène avec talent par Maëlle Poésy. Sur le plateau, onze femmes incarnent ces salariées sommées de prendre une décision après le rachat de leur usine. Les nouveaux patrons, les « cravates » comme elles les appellent, leur offrent de ne pas licencier ni de délocaliser à cette unique condition : rogner leur pause quotidienne. Toutes s’accordent à considérer ce compromis acceptable… Toutes sauf une : Blanche. Elle doute et parvient progressivement à ébranler cette unanimité. Sept minutes, c’est trop modique pour être vraiment insignifiant. Et si cette négociation était en fait un test : en renonçant à leurs acquis comme à une question de principe, elles feraient la preuve qu’on peut facilement les faire plier. Peuvent-elles cependant prendre le risque de voir l’accord échouer ? Il leur faut donc voter, et toute l’intrigue tient à l’incertitude de la décision à mesure que les arguments contradictoires fusent. Ces travailleuses, dont le profil évoque celui des ouvrières de Lejaby, marchent aussi dans les pas des Douze Hommes en colère invités, dans le film de Sidney Lumet, à rendre un jugement majeur, qui met à l’épreuve leurs convictions. Il s’agit pour Maëlle Poésy de « l’exigence de renoncer à l’évidence ». En l’occurrence, l’une de ces fausses évidences serait de penser que travailler est une faveur, et non principalement un rapport de forces. Karl Marx le note, « la réglementation de la journée de travail se présente dans l’histoire de la production capitaliste comme une lutte séculaire pour les limites de la journée de travail, lutte entre le capitaliste, c’est-à-dire la classe capitaliste, et le travailleur, c’est-à-dire la classe ouvrière ». Et l’issue du vote ? Allez voir le spectacle !

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