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Armes laser, l’avenir de la guerre ?

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Image d’illustration d’un système d'armes laser

Image d’illustration d’un système d'armes laser. © US Army Released

Les États-Unis s’apprêtent à tester la plus puissante arme laser jamais conçue – un canon d’une puissance de 300 kilowatts. De nombreux pays se sont déjà dotés d’armes de ce type, dans le but d’abattre les drones ennemis. C’est le cas, notamment, de la France et d’Israël. Washington veut aller plus loin, et se doter de la capacité de détruire, par un rayonnement lumineux concentré, des missiles, des hélicoptères ou même des avions. La science dépasse-t-elle la fiction ? Éclairage avec Bachelard. 

 

  • Le dispositif laser développé actuellement par les États-Unis est la concrétisation d’un fantasme qui hante, depuis des décennies, nos imaginaires : celui des armes à énergie dirigée, capables de détruire une cible à l’aide d’un rayonnement électromagnétique concentré, qui peut prendre différentes formes : ondes radio, micro-ondes, ondes lumineuses, etc. Que serait Star Wars sans ses canons et ses sabres laser ? Des « miroirs ardents » d’Archimède focalisant le rayonnement solaire au « rayon de la mort » imaginé par Nikola Tesla dans la première moitié du XXe siècle, l’arme à énergie dirigée est un vieux rêve d’ingénieur, mobilisé de manière récurrente par les écrivains de science-fiction.
  • Comment expliquer cette fascination ? Il faut d’abord prendre la mesure de la spécificité de ces armes : ce sont des armes sans projectile matériel. Elles permettent donc de toucher l’ennemi… sans le toucher. De l’atteindre avec quelque chose qui n’est pas, à proprement parler, un objet, mais une pure énergie. Le laser et ses dérivés rejoignent, de ce point de vue, le fantasme millénaire d’une interaction quasi-magique à distance.
  • Il faut bien saisir, d’autre part, l’avantage stratégique de ces armes. Pour fabriquer un missile ou même une balle, vous avez besoin de matériaux spécifiques – de fer, de cuivre, de semi-conducteurs, etc. Ces matériaux seront détruits, ou du moins perdus, après l’usage de l’arme. Il en va tout autrement avec l’arme à énergie dirigée : beaucoup de matériaux différents sont bien entendu nécessaires pour créer ces dispositifs offensifs… mais ces matériaux ne seront pas, in fine, envoyés chez l’ennemi ou réduits en poussières dans la frappe. Ce que vous envoyez vers lui est une pure dissipation d’énergie.
  • Les deux – matière et énergie – ne doivent pas être opposés de manière trop stricte, comme l’indique la physique contemporaine, résumée en ces termes par Bachelard dans Le Matérialisme rationnel (1953) : « La matière est énergie [...] L’énergie est le support de tout ; il n’y a plus rien derrière l’énergie. » La matière n’est au fond rien d’autre que cette énergie cristallisée. Mais c’est bien tout l’enjeu : en se cristallisant, la matière se différencie en différentes substances, en différents matériaux parfois rares ou difficiles d’accès. Revenir au niveau primitif de la matière, l’énergie, c’est revenir à un niveau de l’indistinction : tout ce qui importe, alors, c’est de parvenir à extraire la puissance énergétique qui sous-tend la matière en tout point, quelles que soient les formes qu’elle prend. Certains matériaux facilitent bien sûr plus que d’autres le processus d’extraction (uranium, pétrole, etc.) – mais l’énergie obtenue en fin de course est la même.
  • L’arme à énergie dirigée, qui suppose la création en amont de dispositifs particulièrement complexes et sophistiqués, procède donc d’une logique de simplification en ce qui concerne le moment offensif à proprement parler. L’enjeu principal (en l’occurrence, ce qui pose problème encore aujourd’hui) c’est de parvenir à concentrer cette énergie libérée, comme le note Simondon dans Sur la technique (2014) : « L’intérêt des lasers vient, entre autres choses, du fait qu’il est possible, par des procédés optiques, de localiser l’énergie sur de très petites surfaces. » Gageons, étant donné la puissance d’innovation du complexe militaro-industriel, que les armes de ce type se développeront à l’avenir.
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