Aubépine Dahan. Ce qu’aider veut dire
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Cet article est issu du numéro 106 de Philosophie magazine « De quoi la gauche est-elle malade ? », en kiosque le 19 janvier 2017. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Son parcours de sociologue inspirée par Bourdieu ne la préparait pas à braver la loi. Mais, face à la détresse des migrants campant en bas de chez elle et aux manquements de l’État, elle a choisi d’agir, distribuant soutien et nourriture. Quitte à finir en garde à vue et au tribunal.
Aubépine Dahan en 5 dates
- 1972 Naissance à Boulogne-Billancourt
- 2011 Soutenance de sa thèse en sociologie
- Nov.
2015 Premier contact avec des exilés place de la République, à Paris - Déc.
2015 Cofonde le Collectif parisien de soutien aux exilé.e.s - Déc.
2016 Cofonde l’association Paris d’exil
Dans l’appartement parisien d’Aubépine Dahan, il y a des guirlandes de papier et des dessins d’enfants accrochés aux murs, des jouets qui traînent, des canapés mauves dans le salon. Elle est au téléphone. On entend les mots « rafles », « OQTF » (pour « obligation de quitter le territoire français »), « contrôle d’identité », « flics », « heure du petit-déj ». Les fenêtres donnent sur le quartier Strasbourg-Saint-Denis, non loin de la place de la République, où elle a pour la première fois distribué un plat de riz à une trentaine d’Afghans il y a un peu plus d’un an, en novembre 2015. Depuis, elle a cofondé le Collectif parisien de soutien aux exilé.e.s. Ce dernier terme a son importance, il souligne « quelque chose de forcé, de douloureux, une histoire personnelle de souffrance ». « On a fêté l’anniversaire, mais au TGI [tribunal de grande instance] ! » plaisante-t-elle. Cette mère de famille de 44 ans, ex-enseignante-chercheuse en sociologie, a en effet été placée en garde à vue le 7 août 2016, puis convoquée le 9 novembre devant la justice pour répondre d’une « manifestation illicite » qu’elle aurait organisée sur le campement du métro Stalingrad. La relaxe a été prononcée. Ce qui n’ôte rien à la colère de celle qui, après un an à « faire bénévolement le travail de l’État et de la mairie », se voit désormais comme une militante.