Découverte de deux nouveaux sermons
Augustin croyait-il au pouvoir divinatoire des sorcières ?
Benjamin West (1738-1820), “Saül et la sorcière d’Endor” (détail), 1777. Huile sur toile, 50,5 x 65,1 cm. Wadsworth Atheneum Museum of Art à Hartford (États-Unis). © Wadsworth Atheneum Museum of Art
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Alors qu’on vient de découvrir en Pologne deux sermons inédits du théologien, consacrés à la rencontre entre le roi Saül qui a perdu la foi et la sorcière d’Endor, qui lui prédit la mort à la veille de son combat contre David, Octave Larmagnac-Matheron revient sur le sens de cet épisode dans la pensée d’Augustin. Où il est question de savoir si les méchants peuvent prédire l’avenir… et s’il faut les croire.
C’est une découverte inattendue qu’a fait Christian Tornau, professeur de philologie latine à l’université de Würzburg (Allemagne), dans un manuscrit du XIIe siècle conservé à la bibliothèque diocésaine de Pelplin, en Pologne : deux sermons jusqu’ici inconnus de saint Augustin, l’un des plus importants théologiens chrétiens. Le premier sermon a été prononcé un dimanche, le second le mercredi suivant. Les deux traitent d’un épisode biblique ambigu : la rencontre entre Saül et la sorcière d’Endor, qui met en jeu certains thèmes fréquents dans l’œuvre d’Augustin comme la divination, l’illusion diabolique, la complexité du travail interprétatif, etc. Sans trancher définitivement – nous sommes loin du traité dogmatique –, Augustin confronte les interprétations possibles du texte biblique, laissant manifestement son auditoire réfléchir sur les difficultés de l’herméneutique. Les deux sermons feront prochainement l’objet d’une publication.
Résumons en quelques mots l’épisode qu’ils abordent : le roi Saül est en fin de règne ; il veut la mort de David, son rival, qui s’est allié aux Philistins, et désire connaître les intentions divines quant à ce conflit. Alors que les troupes adverses se massent, il consulte en vain les oracles traditionnels. En l’absence de réponse, se pensant abandonné de Dieu, il se tourne vers une nécromancienne qu’il sollicite, déguisé, dans la nuit. Celle-ci se méfie d’abord : pendant son règne, Saül lui-même a fait exécuter les sorcières – la sorcellerie est proscrite par Dieu. La magicienne qui « possède un talisman » est réputée capable d’invoquer les morts. Elle finit par accepter la demande de Saül : le prophète Samuel, récemment décédé, lui apparaît soudain. La sorcière pousse un cri de peur. Saül ne voit pas le spectre mais s’incline néanmoins devant lui. Malgré cela, Samuel refuse de lui prodiguer des conseils et se contente de prédire la fin imminente de son règne. Saül est chamboulé ; il trouve effectivement la mort le lendemain, lors de la bataille de Gelboé.