Ethnomythologies

Bleu de travail. Identités de classe

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Bleu de travail. Identités de classe

Publicité pour le vêtement de travail.©Collection IM/Kharbine-Tapabor

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Cet article est issu du numéro 155 de Philosophie magazine « À quoi voit-on qu’on a vieilli ? », en kiosque le 02 décembre 2021. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Ce vêtement ouvrier est désormais le summum du chic, arboré par les fashionistas comme par les bobos. Quand l’habit fait le social-traître, est-ce notre appartenance à un groupe social qui se prend une veste ?

 

On l’appelle « bleu », mais vous pouvez la choisir noire – la classique de chez Adolphe Lafont –, comme celle portée par Jean-Luc Mélenchon. Vous pourrez alors vous prendre pour un ouvrier Troisième République, avec la sensation de militer pour les droits sociaux. Il est aussi possible de la choisir grise, claire ou foncée, et vous plongerez aussitôt dans quelque souvenir prochinois, avec, en toile de fond, des photos de Mao ou de Lin Piao. La verte vous donnera un air vaguement militaire – guérillero peut-être ? Moi, je préfère la bleue, tout de même la plus démonstrative, celle qui incarne le concept de « bleu de travail ». 

Comment diable une veste, uniforme de l’ouvrier depuis le XIXe siècle jusqu’à la fin des années 1970, a-t-elle pu devenir en quelques mois le vêtement le plus branché, notamment parmi les trentenaires des quartiers bobos ? Cause ou effet, les grands couturiers y sont allés de leur interprétation : Jean-Paul Gaultier arborant la coupe classique, Inès de la Fressange avec un modèle rayé du plus bel effet… et jusqu’à Ellozze qui propose une combinaison de garagiste en cuir luxueux devant sans doute valoir une fortune.

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