Cinéma
“The Card Counter” : l’empire silencieux du traumatisme
Oscar Isaac dans "The Card Counter", de Paul Schrader, actuellement en salles. © 2021 Focus Features LLC. All Rights Reserved
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Sorti le 29 décembre au cinéma, The Card Counter, de Paul Schrader, raconte l’histoire d’un homme impassible qui erre de casino en casino, comme s’il tentait de fuir quelque chose… Mais quoi exactement ? À 75 ans, le scénariste de Taxi Driver livre un film magnifique et troublant sur le traumatisme, la guerre et la rédemption.
William Tell a une manie bien à lui. Lorsqu’il arrive dans une chambre de motel, avant d’entamer une nuit blanche au casino, il recouvre tous les meubles de draps gris perle, du sol au plafond. Le personnage principal du dernier film de Paul Schrader, The Card Counter, serait-il un maniaque – ou un serial killer ? Plutôt, un homme qui refuse de se frotter au monde. Un ascète en quête de tranquillité, et sans doute, aussi, de rédemption.
Oscar Isaac campe magistralement cet antihéros fantomatique, aimable littéralement comme une porte de prison, lieu où il a passé plusieurs années de sa vie et où il a appris à « compter les cartes ». William Tell pourrait gagner des millions avec son talent hors pair, qui lui permet d’optimiser ses gains au black -jack ou au poker. Il préfère toutefois voyager discrètement pour empocher quelques milliers de dollars par-ci par-là, manière de ne pas se faire repérer – les compteurs de carte trop zélés sont vite identifiés et peuvent être exclus des salles de jeu.
Un état psychologique indéchiffrable
Que cachent les costumes gris et l’air impavide de William Tell ? Pour ne pas tout divulgâcher, disons simplement : un passé traumatique. Le compteur de cartes, ancien soldat, a participé activement à un événement atroce, qui a changé sa vie pour toujours. Coupable, il l’est et l’assume. Serait-il alors en plein Syndrome de stress post-traumatique (PTSD) ? Au début du film, on le surprend en train de lire Marc Aurèle, comme s’il se forgeait une citadelle intérieure pour ne pas trimballer son passé au grand jour. Les salles de casino, où le soleil ne se lève jamais, sont d’ailleurs une planque idéale pour qui veut tenter de s’effacer du monde.