Témoignage
Célestin Monga : « La France ne sera jamais une abstraction homogène »
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Cet article est issu du numéro 30 de Philosophie magazine « 30 - juin 2009 », en kiosque le 28 mai 2009. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Économiste et philosophe camerounais, Célestin Monga est conseiller du vice-président de la Banque mondiale, et auteur de Nihilisme et Négritude (PUF, 2009). À ses yeux, rattacher un esprit à un peuple confine au nationalisme, mais il est tout aussi dangereux de défendre une universalité illusoire.
Évitons deux écueils sur lesquels achoppe tout débat sur l’existence d’un « esprit français ». D’un côté, il y a le mythe d’une altérité incompressible – l’idée que les Français disposeraient intrinsèquement d’un « esprit » et d’une manière de penser et d’agir différents de ceux des Japonais, des Américains ou des Camerounais, un esprit spécifique, unique, identifiable, et radicalement autre. Que cette assertion ait une connotation admirative ou dépréciative ne change pas son caractère d’idée préconçue, et donc douteuse. Pire : elle alimente des poncifs qui influencent à leur tour la façon dont certaines élites françaises envisagent leur propre identité et leur propre culture, versant soit dans l’autocélébration d’une exceptionnalité française, soit dans l’autodénigrement.