Exposition
À Beaubourg, une abstraction “au féminin” qui manque d’angles
Lioubov Popova, “Painterly Architectonic” (“Architectonique picturale”), 1917, MoMA (musée d’art moderne de New York). © 2021 The Museum of Modern Art, New York/Scala, Florence/Service de presse
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L’exposition « Elles font l’abstraction », au Centre Pompidou, présente plus de cinq-cents œuvres d’artistes femmes ayant contribué à l’art abstrait depuis plus d’un siècle. Si cette entreprise de réhabilitation est plus que bienvenue, elle peine aussi à mettre au jour les raisons réelles de cette « invisibilisation », d’autant que toutes les femmes exposées sont loin d’être d’illustres inconnues. Analyse.
« Cette peinture est tellement réussie qu’on ne la croirait pas due à une femme. » Voici le doux commentaire du peintre allemand Hans Hofmann à propos de son élève Lee Krasner, figure majeure de l’expressionnisme abstrait. Mise en exergue de l’exposition « Elles font l’abstraction », cette citation sexiste donne le ton d’une exposition destinée à réhabiliter plus d’une centaine d’artistes féminines ayant contribué à l’art abstrait, depuis le milieu du XIXe siècle jusque dans les années 1980. « Loin du catalogage, il s’agit de mettre en évidence des tournants décisifs qui ont marqué cette histoire, tout en questionnant les canons de l’abstraction », indiquent les commissaires Christine Macel et Karolina Ziebinska-Lewandowska dans le petit guide qui accompagne l’exposition. Si cet ambitieux parcours permet de découvrir des chefs-d’œuvres et des artistes injustement méconnues, il peine en revanche à rendre compte des mécanismes d’« invisibilisation » qui constituent pourtant sa raison d’être.
Des chefs-d’œuvres méconnus
Plus de cent artistes et cinq-cents œuvres. « Elles font l’abstraction » étourdit par sa densité et la variété des courants artistiques explorés : spiritualisme, avant-garde soviétique, Bauhaus, expressionnisme abstrait, art minimal, danse, photographie, cinéma… Tous les continents sont représentés, dans un parcours chronologique qui fait le choix de mettre en avant chaque artiste plutôt que les courants auxquels ces femmes se rattachent.
Saloua Raouda Choucair, Fractional Module (détail), 1947-1951. Courtesy Galerie Saleh Barakat. © Saloua Raouda Choucair Foundation/Service de presse