Le jargon décrypté
C’est quoi l’“Aufhebung” ?
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Cet article est issu du numéro 199 de Philosophie magazine « À qui appartient mon temps ? », en kiosque le 29 avril 2026. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Parfois, le vocabulaire de la philosophie est obscur. Nous vous aidons à y voir plus clair.
Dérivé du verbe allemand aufheben – formé du radical heben, « élever », et de la particule auf- indiquant un mouvement vers le haut –, le terme Aufhebung est un substantif qui évoque un dépassement. Mais un dépassement particulier, qui exprime deux concepts contradictoires : la conservation et la suppression. Cette ambiguïté est essentielle, car elle désigne un processus par lequel quelque chose disparaît tout en étant maintenu sous une forme nouvelle.
Pour illustrer ce concept central, Hegel donne l’exemple de la floraison dans la Phénoménologie de l’esprit. Pour que la fleur existe, elle doit nier ou supprimer le bouton qui la précède, mais elle ne peut exister sans lui. Dans la fleur, le bouton est donc aussi bien supprimé que conservé. La même chose se produit ensuite pour le passage de la fleur au fruit. D’après Hegel, ce processus est aussi celui de la philosophie spéculative qui fait progresser l’esprit d’une étape à l’autre.
Bien que le concept soit parfois considéré comme un intraduisible, de nombreuses propositions ont émergé. Jean Wahl forge le terme sur-primer, Jacques Lacan et Jacques Derrida, eux, préfèrent parler de sublimation. Tout l’enjeu étant de ne pas s’en tenir seulement au négatif de la suppression, sans quoi nous manquerions l’aspect dialectique de l’Aufhebung.