Le jargon décrypté
C’est quoi le “virtuel” ?
Cet article est réservé aux abonnés.
Cet article est issu du numéro 202 de Philosophie magazine « Comment trouver les mots justes ? », en kiosque le 20 août 2026. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Parfois, le vocabulaire de la philosophie est obscur. Nous vous aidons à y voir plus clair.
Aujourd’hui, le mot « virtuel » évoque spontanément les univers numériques. Mais, à l’origine, il désigne ce qui existe potentiellement, sans être encore actualisé. Dérivé du latin virtus – « force », « puissance » –, le virtuel ne s’oppose pas, philosophiquement, au réel mais à l’actuel.
Fidèle à cette définition antique, le virtuel correspond donc chez Aristote à ce qui existe « en puissance ». Le chêne se trouve virtuellement contenu dans le gland. La graine n’est pas encore un arbre, mais elle en possède la possibilité. À condition de trouver une terre, de l’eau et de la lumière, cette puissance s’actualisera.
Dans Différence et Répétition (1968), Gilles Deleuze donne au concept une portée nouvelle : le virtuel n’est pas une réalité en puissance, il « possède une pleine réalité », et c’est pourquoi il faut le distinguer du possible. Le possible est déjà tracé avant de se réaliser, tandis que le virtuel s’actualise en produisant de la nouveauté. Chaque gène est, par exemple, porteur d’une virtualité, qui peut (ou non) s’actualiser selon les circonstances.