Lexique
In cogito veritas
© Karine Daisay pour PM
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Cet article est issu du numéro 17 de Philosophie magazine « 17 - mars 2008 », en kiosque le 28 février 2008. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Descartes édifie une théorie de la connaissance et une métaphysique nouvelles : le corps comme une machine, l’âme comme refuge du libre arbitre, l’homme comme l’union mystérieuse des deux.
Je pense, donc je suis
La formule du cogito est la plus célèbre de la philosophie. « Je pense, donc je suis » est la plus certaine des phrases que je peux prononcer, quand bien même je m’efforcerais de douter de tout : de l’existence de vraies choses en dehors de moi, de l’existence de ce corps que je crois être le mien et même des vérités les plus simples, comme 2 et 2 font 4. Si je peux douter de toutes ces choses, je ne peux pas, en revanche, douter que je doute, que moi qui doute ne sois quelque chose et non pas rien. Je peux donc dire envers et contre tout que j’existe, moi qui doute, du moins au moment où j’ai conscience de douter de tout ce qui m’entoure. Il est logiquement impossible que je ne sois pas quand je pense que je suis : la certitude de mon existence dépend donc de la certitude de l’acte de ma pensée qui se produit en moi. Cette première connaissance, comme l’appelle Descartes, semble être à la fois une tautologie et un paradoxe. J’existe parce que j’ai conscience d’exister, soit. Mais n’est-ce pas une faute logique de faire dépendre l’existence de la conscience qu’on en a ? Depuis l’énoncé de cette proposition, les philosophes n’ont pas cessé d’être tourmentés par la forme du raisonnement cartésien où ils ont cherché en vain un sophisme caché, mais aussi étonnés de la fécondité infinie d’une formule en apparence aussi simple. Il n’est pas exagéré de dire que toute la philosophie moderne est sortie de là. Descartes n’avait donc pas tort de croire qu’il avait trouvé avec cette vérité première « la terre ferme » sur laquelle il pouvait poser les fondements de sa pensée.
Les livres
L’épisode est connu : à un visiteur qui s’étonnait de ne pas trouver de livres chez lui, Descartes montra la table sur laquelle il était en train de disséquer un veau… La nature est le livre (comme le monde est un « grand livre ») dans lequel le philosophe trouve de quoi alimenter et satisfaire son désir de connaissance. Nous sommes philosophes, semble dire Descartes, parce que nous cherchons à connaître ce qui se présente à nos yeux, si insignifiant qu’il puisse paraître, et non parce que nous avons lu les livres des philosophes. L’érudition et la science : deux directions opposées.
Le corps
Dès ses premiers écrits, Descartes a pensé pouvoir beaucoup mieux expliquer les diverses fonctions corporelles en comparant le corps à une machine automate plutôt qu’en considérant la vie comme quelque chose d’irréductible à la matière. Contrairement à l’enseignement d’Aristote, ce n’est pas l’âme qui, pour Descartes, fait du corps un corps vivant, animé. On doit pouvoir expliquer les principales fonctions corporelles – la digestion, la locomotion, la respiration mais aussi la mémoire et l’imagination – comme si elles résultaient d’un mécanisme que Dieu avait voulu rendre automatique, comme une horloge destinée à montrer les heures par la seule disposition de ses roues et contrepoids. Inutile donc de supposer une petite âme qui dirigerait chaque fonction principale et lui ferait réaliser le but pour lequel elle a été conçue.