Comment l’antisystème Giuseppe Conte est devenu victime du système
Les douze pages de CV du nouveau président du Conseil italien n’ont pas résisté à l’analyse : gonflé, ce CV et toutes les anomalies qu’il contient « jettent un doute sur crédibilité et la probité intellectuelle de Giuseppe Conte », selon Alexandre Lacroix, invité du Grand Soir 3, sur France 3. Mais il faut rappeler ce qu’est un CV universitaire. Un CV universitaire, c’est un document qui n’est crédible que s’il est très long ».
Et notre directeur de la rédaction de rappeler la polémique qui a remué l’Allemagne en 2011. « C’est une polémique qui frappait le ministre de la Défense, Guttenberg, parce qu’on s’est aperçu que sa thèse était pleine de plagiats. Un philosophe allemand, Peter Sloterdijk, a réagi en disant : mais en fait le vrai problème, c’est qu’on a nationalisé les sciences, on a transformé les savants en fonctionnaires et les universités en vastes bureaucraties qui produisent de la paperasse. »
Autrement dit, le « président du parti des antisystèmes est victime d’un système ». Ce système est celui de la production des textes dans le monde académique, qui ne sont pas véritablement destinés à être lus et rares sont d’ailleurs ceux qui les lisent. Alors qu’à la création de l’imprimerie, l’écriture repose sur un pacte de lecture, soit l’idée d’un lecteur omniscient, qui puisse éventuellement tout lire, le nouveau pacte introduit dans le système universitaire renverse la donne selon Peter Sloterdijk, en tablant sur un pacte de non-lecture. Or pour le philosophe, « nous devons menacer jusqu’au bout les textes écrits pour le non-lecteur implicite d’être exposés à la lecture réelle » (Le Pacte de non-lecture, 2012)