Botanique
Comment les plantes se sont mondialisées
Cacao (Theobroma cacao L.) : branche fructifère et fleurie avec détail de fleurs et graines. Chromolithographie par Pierre de Pannemaeker, vers 1885, d’après Berthe Hoola van Nooten. © Wellcome Collection
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La flore des anciennes régions colonisées par une puissance européenne est davantage semblable que celle des espaces colonisés par d’autres pays : c’est ce que montre une étude publiée dans la revue Nature Ecology and Evolution. Un révélateur de ce que la mondialisation concerne tout autant les plantes que les êtres humains.
La mondialisation, processus d’interconnexion de l’ensemble des parties du globes, n’a pas seulement intensifié et accéléré la circulation des humains et des marchandises à la surface de la planète : elle a également favorisé la circulation des plantes, et donc contribué à remodeler paysages végétaux à l’échelle planétaire.
Marchandisation des forêts dans le monde
Une partie de ces transferts procède d’une intention humaine consciente. L’historienne Hélène Blais s’est en particulier intéressée au cas des jardins coloniaux. Comme elle l’écrit dans son article « Les jardins botaniques dans les empires coloniaux » : « Les premiers jardins européens outre-mer ont répondu aux besoins d’approvisionnement en fruits et légumes frais des équipages. En 1652 est ainsi fondé au Cap le premier jardin européen hors d’Europe. »
À ces transferts des centres de la mondialisation occidentale vers les périphéries s’ajoutent bientôt d’autres, entre les périphéries elles-mêmes :
“À la fin du XVIIIe siècle, il s’agit de plus en plus d’introduire des cultures économiques, principalement les épices, pour enrichir le commerce colonial. La Compagnie des Indes développe ainsi un réseau de jardins en Inde mais également au-delà, en Birmanie, à Pénang, à Singapour. À l’île Maurice, le jardin botanique fondé par Pierre Poivre en 1768 se déploie sur le terrain des pamplemousses, que La Bourdonnais avait dans un premier temps consacré à la production de végétaux alimentaires pour les troupes en 1735. Le nouveau directeur y introduit des épices comme le clou de girofle et la noix de muscade”
Hélène Blais, op. cit.
La colonisation participe à cet effet de l’extension des forêts monospécifiques. On constate alors des mouvements de déforestations/reforestations entre colonies qui permettent, par exemple, la diffusion de l’hévéa – arbre à caoutchouc – de son Amazonie natale au Ceylan, puis dans l’ensemble de l’Asie du Sud-Est et en Afrique centrale. La plante n’est pas choisie au hasard, les forêts nouvellement plantées devant répondre à une exigence économique de rentabilité.