Le livre du jour

“Correspondance à divers”, d’Alexis de Tocqueville

Temps de lecture : 3 min

“Correspondance à divers”, d’Alexis de Tocqueville

© Éditions Gallimard

La publication simultanée de trois volumes de sa correspondance achève la vaste édition des Œuvres complètes d’Alexis de Tocqueville (1806-1859) en… 18 tomes et 31 volumes. Ils nous offrent un point de vue nouveau sur le parcours singulier d’un homme engagé mais qui cherche sa place dans le contexte d’une France en pleine mutation politique sur le plan des institutions comme sur celui des mentalités. Tentant parfois de recueillir des voix pour se faire élire à l’Académie française, discutant diplomatie ou questions pratiques, l’abondante activité épistolaire de Tocqueville fait aussi écho aux analyses de la Démocratie en Amérique.

 

  • Des correspondants variés. De l’entourage de Tocqueville, on connaît surtout Gustave de Beaumont, son compagnon d’aventures lors de l’expédition aux États-Unis en 1831-1832 et avec lequel les lettres échangées ont déjà été éditées dans un volume séparé. S’il a eu d’autres correspondants privilégiés, comme par exemple Arthur de Gobineau, c’est ici la Correspondance à divers qui fait l’objet de quelques 1 800 pages qui couvrent la période s’étendant de 1822 (peu avant son entrée en classe de philosophie) jusqu’à sa mort, en 1859. On y trouve occasionnellement quelques lettres adressées à des gens célèbres comme Lamartine, Chateaubriand, Michelet ou Victor Cousin, des notables, mais aussi et surtout à des gens de condition plus simple, comme son ami de lycée à Metz, Eugène Stöffels.
  • L’ardent défenseur de la liberté. C’est à Stöffels précisément qu’il confie son amour inconditionnel de la liberté : « J’ai toujours aimé la liberté d’instinct, et toutes mes réflexions me portent à croire qu’il n’y a pas de grandeur morale et politique longtemps possible sans elle » Au fil des centaines de lettres qui composent ce volume, on retrouve le Tocqueville de De la Démocratie en Amérique (1835-1840), inquiet que la démocratie française ne se transforme en servitude, désolé de voir ses contemporains se recroqueviller sur leurs affaires privées et dépité de constater qu’« une médiocrité universelle semble peu à peu se répandre sur toutes choses ». On l’y voit aussi rédiger un conte persan pour la fête de sa mère, ou interpeler Ferdinand Eckstein en condamnant aussi bien l’inégalité des races que l’esclavage dont il estime qu’il « déshonore les chrétiens du Nouveau monde ».
  • « Un homme de l’entre-deux » Partagé entre ses valeurs qui sont celles de l’aristocratie – à laquelle il doit sa haute ascendance et son éducation – et celles de la démocratie – dont il est convaincu qu’elle constitue l’avenir de la France –, Tocqueville semble constamment à la recherche d’un équilibre incertain, pour son pays comme pour lui-même. C’est qu’il est fondamentalement, comme le souligne Françoise Mélonio dans sa préface, « un homme de l’entre-deux », partagé entre l’aristocratie déclinante et la démocratie naissante, mais aussi entre l’Amérique et la France, entre la Manche (dont il est élu député dès 1839) et Paris, ainsi que, sur le plan de son ambition personnelle, entre le désir de mener une carrière politique et celui de se consacrer à la rédaction de L’Ancien Régime et la Révolution (1856). Sur un point au moins il aura réussi une admirable synthèse : il réunit l’esprit pénétrant d’un philosophe et l’élégance de plume d’un écrivain.

 

Constituant le XVIIe volume de l’édition de ses Œuvres complètes par Gallimard, les trois tomes de Correspondance à divers, d’Alexis de Tocqueville, sont parus dans la collection NRF et disponibles ici, là et encore là.

Les concepts liés à cet article

Pouvoir