Bac philo 2012
Corrigés du bac philo – filière générale : “Avons-nous le devoir de chercher la vérité ?”
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Eléments de problématisation
La vérité semble immédiatement connotée positivement, par opposition à ses contraires (le mensonge, l’erreur) qui apparaissent comme devant être fuis et évités. Le sujet aborde cette question avec un angle particulier : il ne s’agit pas de savoir si l’on doit dire la vérité mais si l’on doit la chercher, non pas donc si l’on doit dévoiler ce que l’on sait ou le garder secret mais si l’on doit se mettre à la recherche de ce que l’on ignore. Il s’agit dans le fond de se demander si nous pouvons nous satisfaire de notre ignorance ou si nous avons le devoir de tenter d’en sortir. Ce n’est donc pas tant la question du dire, du dévoilement de la vérité, mais plutôt celle de la ou des actions à entreprendre pour la trouver. Si l’on prend le sujet à l’envers (pouvons-nous nous satisfaire de notre ignorance ?), la vérité semble s’imposer comme un devoir : quel genre d’hommes serions-nous si nous pouvions nous satisfaire de ne rien savoir ? L’habilité à la connaissance, à la compréhension et à l’explication du monde qui nous entoure n’est-elle pas ce qui distingue l’homme du reste des espèces animales ?
On ne saurait toutefois en rester là. Si l’on reconnaît la vérité comme un devoir, encore faudrait-il en préciser la nature. Un tel devoir ne va en effet pas de soi. Peut-on reprocher à l’ignorant son ignorance ? Comment d’ailleurs peut-il savoir qu’il ignore ce qu’il ignore (c’est le paradoxe du Ménon de Platon : comment savoir quelle vérité chercher puisque, par définition, si on la cherche c’est qu’on ne la connaît pas). Ainsi, si la loi reconnaît dans une certaine mesure un devoir de dire la vérité et sanctionne le mensonge ou le parjure, chercher la vérité n’est en rien une obligation juridique. Mais le devoir n’est pas la même chose qu’une obligation : il ne nous est pas imposé de l’extérieur mais il s’agit d’une prescription que nous nous imposons à nous-mêmes. Il a de ce fait une dimension morale, qui met en jeu notre humanité. Comme nous l’avons dit, renoncer à chercher la vérité semble revenir à renoncer à nous hisser à la hauteur de notre humanité. Mais ne pouvons-nous pas faire d’autres choix ? La recherche de la vérité est-elle un impératif absolu, même au détriment de notre bonheur ou de celui des autres ? La question ne peut donc pas être résolue sur le seul plan moral. C’est aussi un enjeu social et politique. Or, dans ces domaines, il n’est pas évident que l’on doive chercher la vérité car celle-ci peut avoir des effets dévastateurs pour soi et pour les autres. Le secret, le mensonge peuvent également avoir une utilité, sociale, politique, intime et, au contraire, la vérité avoir des effets ravageurs. Dans ces conditions au nom de quoi faire de la vérité un devoir, un impératif ? Ne faut-il pas, au contraire, nous en méfier ?