Dans les Tweets de Donald Trump
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Cet article est issu du numéro 113 de Philosophie magazine « Y a-t-il encore une vérité ? », en kiosque le 28 septembre 2017. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Si le président des États-Unis mentait toujours de la même manière, il serait démasqué facilement. Mais ses stratégies de contournement de la vérité sont aussi nombreuses que déconcertantes. Petit florilège de ses tournures illogiques.
Se référer à des faits qui n’ont pas eu lieu
« Regardez ce qui se passe en Allemagne, regardez ce qui s’est passé hier soir en Suède. La Suède, qui l’aurait cru ? La Suède. Ils en ont pris beaucoup [de réfugiés], et maintenant ils ont des problèmes comme ils ne l’auraient jamais imaginé »
Discours prononcé en Floride le 18 février 2017
Afin d’établir une corrélation entre l’accueil de migrants et les attentats terroristes, le président cite les attaques de Bruxelles, de Nice et de Paris avant de suggérer qu’un fait semblable vient de survenir en Suède. Or aucun acte terroriste n’y a eu lieu. C’est l’exemple typique des fake news. Il se heurte de front au conseil méthodologique fondamental donné par le philosophe Bernard Le Bouyer de Fontenelle (1657-1757), qui dénonce dans L’Histoire des oracles les superstitions et les rumeurs infondées de son temps : « Assurons-nous bien du fait, avant de nous inquiéter de la cause. Il est vrai que cette méthode est bien lente pour la plupart des gens, qui courent naturellement à la cause, et passent par-dessus la vérité du fait ; mais enfin nous éviterons le ridicule d’avoir trouvé la cause de ce qui n’est point. »
Utiliser l’hyperbole
« Nous devons empêcher “le mal” d’entrer dans notre pays ! »
Tweet du 4 février 2017
L’exagération est une constante du discours politique. Mais elle atteint son paroxysme dans l’hyperbole, qui mobilise des motifs religieux et mythologiques, destinés à empêcher toute réflexion nuancée. Critiquant son usage, Paul Ricœur (1913-2005) est sans appel : « Par hyperbole, il faut le souligner avec force, il ne faut pas entendre une figure de style […], mais la pratique systématique de l’excès dans l’argumentation » (Soi-même comme un autre). Il s’agit d’une « stratégie » visant à produire un « effet de rupture ».