Guerre en Ukraine

Poutine et son double

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Vladimir Poutine en conférence de presse commune avec Emmanuel Macron, après le meeting des deux chefs d’État à Moscou, le 7 février 2022

Vladimir Poutine en conférence de presse commune avec Emmanuel Macron, après le meeting des deux chefs d’État à Moscou, le 7 février 2022. © Thibault Camus/Pool/AFP

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À 4h33 du matin, cette nuit, tandis que des frappes aériennes commençaient à toucher les principales villes ukrainiennes et que débutait une vaste opération de « démilitarisaton » du pays, pour reprendre l’euphémisme narquois de Vladimir Poutine, l’ambassadrice du Royaume-Uni en Ukraine, Melinda Simmons, rédigea ce tweet : « Une attaque entièrement injustifiée d’un pays paisible a commencé. Ce n’est pas parce que vous vous êtes préparé et vous avez pensé à cette possibilité pendant des semaines et des mois, que la chose n’est pas choquante quand elle se produit réellement. »

L’événement, surprenant et inévitable

Sincère et inhabituellement méditatif, ce dernier commentaire est vraiment proche de ce qu’explique le philosophe Clément Rosset (1939-2018) à propos du réel. En effet, la particularité de l’événement, de ce qui arrive réellement, est d’être à la fois surprenant et inévitable. Quand l’histoire avance, elle nous étonne et nous sidère, alors qu’elle obéit à une logique implacable et que les causes des faits majeurs se trouvaient sous nos yeux depuis longtemps.

Certes, c’est le mythe d’Œdipe, et non une entrée en guerre, qui a inspiré à Clément Rosset cette réflexion amère, dans Le Réel et son double (1976). La trame du mythe est connue : le jour où il apprend qu’un oracle, à sa naissance, a prédit qu’il tuerait son père et qu’il épouserait sa mère, Œdipe abandonne Corinthe pour que rien de tel n’arrive, fuyant des parents adoptifs. Sur la route, il ne tarde pas à se battre avec un vieillard, qu’il tue (c’est son vrai père, Laïos), et plus tard il épouse une femme qu’il ignore être sa mère (Jocaste). La première réaction, lorsqu’on entend cette histoire, est à l’indignation : « Mais quel idiot, il n’aurait pas dû fuir ainsi, il s’est jeté au-devant du malheur ! » Et pourtant, si l’on y réfléchit, le mythe est implacable, son scénario extrêmement bien ficelé : il est très difficile d’imaginer d’autres circonstances plausibles dans lesquelles un homme pourrait assassiner son père et convoler avec sa mère. Ici, l’on retrouve la fine remarque de Melinda Simmons : nous savons ce qui va se passer, et nous sommes pourtant surpris par le chemin que prend l’inéluctable pour advenir.

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