Biographie

David Hume. Empiriste radical

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David Hume. Empiriste radical

© Marion Brosse pour PM

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Cet article est issu du numéro 14 de Philosophie magazine « 14 - novembre 2007 », en kiosque le 25 octobre 2007. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

« Je suis, ou plutôt j’étais, un homme d’un caractère doux, maître de moi-même, d’une humeur ouverte, gaie et optimiste, capable d’amitié, mais très peu susceptible de haine et très modéré dans toutes mes passions », se dépeignait David Hume au crépuscule de sa vie. Cette modération qui le définit, à l’image de son existence, imprègne son œuvre : elle caractérise son scepticisme, lequel, loin d’être un manque de rigueur ou d’audace, constitue l’instrument d’une lutte contre toutes les formes de dogmatisme.

Il naît à Édimbourg, la future « Athènes du Nord », le 26 août 1711, dans une famille de fortune modeste originaire du sud-est de l’Écosse. Orphelin de père à 3 ans, il est élevé par sa mère, calviniste convaincue qui s’installe avec ses trois enfants dans la propriété familiale de Ninewells, à Chirnside, et par son oncle, pasteur du village. À 12 ans, il entre au collège de sa ville natale et y étudie la logique, la rhétorique, les mathématiques tout en se familiarisant avec le système newtonien − cet établissement étant l’un des foyers de la « nouvelle philosophie ». Il suit également des cours de droit et d’histoire, mais ses préférences vont aux Lettres, « la passion dominante de [sa] vie, et la grande source de [ses] plaisirs », comme il le raconte dans son autobiographie Ma vie. Sa famille le destine à une carrière juridique pour laquelle il ne manifeste qu’une « insurmontable aversion » ; on l’imagine « plongé dans Voet et Vinnius », mais c’est « Cicéron et Virgile », Montaigne, Bacon, Descartes, Locke, Swift et les moralistes anglais Shaftesbury et Mandeville, qu’il « dévore secrètement ».

Survient une période de doute. Il s’essaie alors à l’activité commerciale chez un négociant à Bristol avant d’être rattrapé par sa vocation. David Hume embarque pour la France en 1734 et s’installe à Reims puis au Collège royal de la Flèche, sur les pas de Descartes, pour entreprendre la rédaction de son œuvre maîtresse, le Traité de la nature humaine. Convaincu que « la philosophie morale que nous ont transmise les anciens souffrait du même inconvénient que leur philosophie de la nature, à savoir d’être entièrement hypothétique et de dépendre beaucoup plus de l’invention que de l’expérience : chacun consultait son humeur pour ériger des programmes de vertu et de bonheur, sans prendre en considération la nature humaine, dont toute conclusion morale doit forcément dépendre », il décide de rendre cette dernière « comme principal sujet d’étude et d’en faire la source d’où [il] déduira toute vérité ». Constituer une science de la nature humaine sur le modèle de la science newtonienne de la nature physique, en finir avec les hypothèses « présomptueuses et chimériques » par lesquelles la métaphysique a cru saisir « les qualités originelles et ultimes de la nature humaine », s’en tenir à la solidité de l’expérience et de l’observation en introduisant un « scepticisme mesuré capable d’enserrer dans des limites critiques les possibilités de la connaissance », telle est la prétention du Traité qui entend « innover dans toutes les parties les plus sublimes de la philosophie ». Au regard d’un tel programme, qui, à l’instar d’Emmanuel Kant, ne serait éveillé de son « sommeil dogmatique » ? Hélas, à la publication anonyme de ses deux premiers volumes en 1739, l’indifférence est générale, ainsi qu’il le relate dans Ma vie : « Jamais entreprise littéraire fut plus malheureuse que mon Traité de la nature humaine. Il tomba mort-né des presses, sans même obtenir l’honneur de provoquer un murmure parmi les fanatiques. »

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