De la difficulté d’aimer la politique

Temps de lecture : 3 min

Cet article est réservé aux abonnés.

Cet article est issu du numéro 104 de Philosophie magazine « La démocratie. Ça devrait être quoi ? », en kiosque le 27 octobre 2016. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

23 juillet 1967. Mon père – toujours très présent dans ma mémoire – prépare l’École nationale d’administration, l’ENA. La société de son temps est très hiérarchique. Lui vient de province, du Poitou, ses parents sont marchands de chaussures ; il dépare à Sciences-Po, il n’a pas la même assise que ses congénères. Mais il travaille avec une résolution douloureuse. Il écrit, à cette date, dans son journal : « Le vide, de tous côtés. Avec cette obstination de vivre, de parvenir à prendre place dans “l’élite bourgeoise”, que je hais, et d’agir dans cette société… » Agir, c’est alors son aspiration, son maître mot. Il est socialiste de cœur, il entend bouger les lignes. L’ENA, pour lui, n’est qu’un outil pour modifier les règles du jeu. « Ma réussite ne sera-t-elle pas la revanche de nombreuses générations de petites gens, taillables et corvéables à merci, sur la bourgeoisie nantie ? » se demande-t-il, avant de tomber sur cette réponse lucide : « Toujours le même cercle vicieux. Mon ambition vécue sur le mode du règlement de compte et en même temps de la trahison. » Il ajoute, quelques lignes plus bas : « Il ne faut jamais laisser coïncider ses sentiments et ses intérêts, dit quelque part Stendhal : voilà bien la formule du cynisme idéal. » Un avertissement qu’il n’écoutera pas.

Cet article est réservé aux abonnés
Les concepts liés à cet article

DémocratieÉtatIdéologie PouvoirSocialisme