Musique

De la philo dans le juke-box

Temps de lecture : 6 min

(cc) Domaine public

(cc) Domaine public

Cet article est réservé aux abonnés.

Des Doors au chanteur soul Gregory Porter en passant par France Gall et les Beatles, leurs chansons résonnent parfois de façon étonnante avec la période de confinement que nous sommes en train de vivre. Il se pourrait même qu’au détour d’un refrain, un concept philosophique se balade…

Ancora ancora ancora / Mina (1978)

L’éternel retour nietzschéen, on est à fond pour, s’il s’agit d’amour et de plaisir (féminin, dans le cas de cette chanson de la star de variété italienne Mina). Mais quand Édouard Philippe annonce ancora quinze jours de confinement, beaucoup moins. Sans parler de notre conjoint qui se trimballe pour la troisième semaine d’affilée avec ce pantalon de pyjama à l’élastique aléatoire. Là, on couperait carrément la boucle. Il va falloir s’armer de beaucoup de patience pour l’aimer, notre destin. 

 

Diego libre dans sa tête / France Gall et Michel Berger (1981)

« Dehors, dehors, il fait chaud », constate le prisonnier Diego, « libre dans sa tête, derrière sa fenêtre ». Ça vous rappelle quelqu’un ? Sartre, qui n’avait pas dû tester le confinement bien longtemps, affirmait que, quelle que soit sa situation, « l’homme étant condamné à être libre, porte le poids du monde tout entier sur ses épaules ». Ce qu’on est sûr de porter, une fois tout ça terminé, c’est le visage crispé et transpirant de Johnny Hallyday – qui a repris cette chanson en 1992 – plutôt que la blondeur souriante et poudrée de France Gall. 

 

Twenty Four Hours / Joy Division (1980)

Ian Curtis, le chanteur de Joy Division, en connaissait un rayon question dépression et épaisseur du temps, qui passe encore plus lentement qu’une séance d’examen de loi au Parlement – sauf quand il s’agit d’état d’urgence sanitaire, vous avez remarqué ? « Oh comme j’ai réalisé à quel point je voulais du temps, / remettre les choses en perspective, c’était difficile à trouver, / Juste un instant, j’ai cru avoir trouvé ma voie. / Mon destin s’est déroulé, je l’ai regardé s’échapper », déclame-t-il. Saint Augustin n’aurait pas mieux dit : « Le présent passe d’un rapide coup d’aile du futur au passé : il n’a aucune durée. » Vivement que le confinement appartienne au passé, on ne tient pas particulièrement à le retenir, ce moment-là. 

Cet article est réservé aux abonnés