La petite question
De quoi “joli” est-il le nom ?
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« Joli moment », « jolie fête », « joli plat », « jolie nana »… Que signifie cette récente prolifération du mot « joli » ? Aurions-nous abdiqué nos désirs de beauté pour préférer ce qui se contente humblement d’être joli ? Découvrons-le avec Kant, Schopenhauer et Bourdieu.
« Jolie nana recherche joli djo », chantait Aya Nakamura en 2020. Depuis, le mot « joli » se répand comme une traînée de poudre rose bonbon. Il remplace même petit à petit le « beau », qui avait gagné du terrain depuis l’inflation de l’expression « belle journée ». Or, les « jolis moments » ne sont pas tout à fait beaux. Ils sont certes charmants, agréables, délicieux, mais pas non plus ébouriffants – encore moins extraordinaires. La candeur du joli aurait-elle remplacé la grandeur du beau ?
Joli sans prétention
Le joli désigne à l’origine un sentiment de gaieté, non une apparence physique. De l’ancien français jolif (gai, beau, festif) lui-même issu du vieux norrois jòl, il se réfère à une fête païenne, célébrée au milieu de l’hiver par les peuples scandinaves. Un « joli moment » est un temps agréable qui nous remplit d’aise, de contentement. Le terme se rapporte à ce que Kant appelle « l’agréable » dans sa Critique de la faculté de juger (1790) – et qui désigne par exemple l’agrément que l’on peut ressentir face à la couleur « violette », quand on la trouve « douce et aimable ». Trouver que le violet est joli ou non : cela dépend des goûts de chacun. « Il en va tout autrement du beau », nous dit Kant, qui prétend toujours à « l’assentiment universel ». Autrement dit, quand je dis qu’une chose est belle, j’estime qu’elle est belle en soi – et que tout le monde devrait être d’accord avec moi. Quand j’affirme qu’elle est jolie, je me contente de formuler mon avis subjectif.