Dieu

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Cet article est issu du numéro 28 de Philosophie magazine « 28 - avril 2009 », en kiosque le 26 mars 2009. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Existe-t-il ou est-il transcendant ? S’agit-il à son sujet de savoir ou de croire ? Toute une perception du monde découle de la façon dont on le perçoit.

Soit Dieu existe, soit il est au-delà. Là est le dilemme. Soit Dieu se confond avec l’existence elle-même, et rien ne peut être conçu hors de Lui, soit Dieu engendre l’existence, l’excède, la précède ou la surplombe, et donc, par essence, n’existe pas lui-même. Le Dieu des chrétiens, par exemple, n’est pas conçu pour exister, mais, à l’inverse, pour donner un sens à l’existence, pour l’encadrer, en amont et en aval, entre l’hypothèse d’un commencement et la perspective d’une fin. Quoi de plus utile ? Quoi de plus réconfortant ? Si Dieu n’existait pas, l’homme l’inventerait.

C’est pourquoi, loin d’estomper la croyance en Dieu, les drames de la vie lui donnent, en général, un second souffle. Quoiqu’elle désavoue sa bonté, la souffrance ne détourne pas de Dieu, puisque, par l’attribution d’une vertu rédemptrice, Dieu l’apaise en lui conférant le sens qu’elle n’a pas. De la même façon, les philosophes qui se posent la question de savoir à quelle détresse correspond la chimère d’un Dieu personnel ou transcendant sont aussi, le plus souvent, les défenseurs du fait religieux comme tel : réduire Dieu tout-puissant au statut de besoin pour les consciences revient à justifier l’utilité sociale des institutions qui le représentent ici-bas. Comme dit Schopenhauer : « Les religions sont nécessaires au peuple, et sont pour lui un inestimable bienfait… Les temples et les églises, les pagodes et les mosquées, dans tous les pays, à toutes les époques, dans leur magnificence et leur grandeur, témoignent de ce besoin métaphysique de l’homme qui, tout-puissant et indélébile, vient aussitôt après le besoin physique. » La soif que nous avons de Dieu ne garantit pas son existence, tant s’en faut, mais elle avère sa nécessité pratique ; le culte de Dieu est d’autant plus nécessaire que son destinataire n’existe pas. La laïcité (c’est-à-dire le respect de la croyance) repose, en son origine, sur la découverte qu’un Dieu personnel est « l’asile de l’ignorance » (Spinoza), et qu’aucune théologie n’est une théorie de la connaissance.

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