Djinn / Moyen-Orient

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Cet article est issu du numéro 71 de Philosophie magazine « 71 - été 2013 », en kiosque le 04 juillet 2013. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

C’est un invisible qui prend possession de nous dans le monde arabe. Où il est dit que ce locataire indélicat peut nous faire glisser vers la folie.

Djinn désigne en arabe une sorte de race ou d’espèce d’invisibles non humains. Probablement jumeaux des hommes à l’origine, ils leur sont tantôt des ombres, tantôt des doubles, et donc des concurrents. Le mot djinn entretient une certaine parenté avec le latin genus, « famille », « lignage », « tribu », peut-être seulement phonétique dans un premier temps, mais travaillée par les rencontres et les emprunts. Au point que l’euphémisme qui prévaut dans de nombreux pays arabes pour désigner les djinns est nass, « les gens » — les autres gens, qu’on ne peut désigner par leur nom. Mais l’étymologie sémitique de djinn ne fait pas de doute. Elle renvoie à l’invisible, aux forces cachées qui se révèlent subitement par leur production. Ainsi se déclinent les mots de la même famille : janna, l’utérus, matrice d’où sourd la fertilité, et janin, son locataire, le fœtus ; mais aussi jenena, « le jardin », lieu des forces invisibles qui font pousser les plantes et jennat, le plus célèbre des jardins, « le paradis » où se révèlent les secrets de la nature. Djinn serait l’équivalent de la physis grecque qui, d’après Pascal Quignard, désigne « tout ce qui pousse… des fleurs aux sexes qui s’érigent… ».

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