Cinéma
“Trois mille ans à t’attendre” : djinn chroniques
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Cet article est issu du numéro 162 de Philosophie magazine « Faut-il suivre son intuition ? », en kiosque le 25 août 2022. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Le père de la saga Mad Max revisite le mythe du génie dans la lampe. Un conte filmé qui interroge notre besoin de fiction et la notion de responsabilité.
Dénicher une lampe magique dans un bazar, mais n’avoir aucun désir à soumettre au génie qui est dedans. Avec cette amorce, le cinéaste George Miller, père de la saga Mad Max, imagine une fable sur les récits qui tissent nos existences et les dangers de la toute-puissance, portée par Tilda Swinton dans le rôle de l’héroïne Alithea et Idris Elba dans celui du Djinn. Alithea, dont le prénom évoque l’alètheia, la « vérité » en grec, a acquis sa renommée dans l’expertise narratologique. L’universitaire brillante et solitaire enseigne la manière dont les mythes expliquent des phénomènes avant que la science ne s’en empare. Elle connaît les contes et sait qu’ils finissent mal en général… si bien qu’elle hésite à formuler un souhait quand l’esprit dans la bouteille lui offre d’en réaliser trois. Avant de se prononcer, elle invite son interlocuteur à raconter ses déboires, depuis sa passion pour la reine de Saba jusqu’à sa fréquentation de Soliman le Magnifique. En entremêlant la trame principale de merveilleux récits secondaires, au risque d’en défaire l’unité, le réalisateur médite sur notre besoin tout à fait « raisonnable » de fiction et sur la vie que nous voulons écrire, comme « auteurs de notre histoire ». Mais il avance une autre idée, par la bande. Compte tenu que, grâce aux techniques et aux sciences,« nous sommes devenus plus puissants que les anges et les djinns », il nous faut redoubler de précaution, étant conscients de notre pouvoir, et faire des choix qui engagent non seulement notre présent mais rendent aussi l’avenir possible… et souhaitable ! Ce qu’en philosophie, on appelle le « principe responsabilité ».