Hors-série "La puissance des femmes"
Édito : faiseuses d’histoire
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Une autre histoire de la pensée est-elle possible ? Une histoire dans laquelle l’autre moitié de l’humanité ne serait pas oubliée. Ou plutôt, car il ne s’agit pas d’un oubli, omise.
Oui et non.
Non, parce qu’on ne refait pas l’histoire. Quiconque veut entamer une traversée, fût-elle au pas de course, d’une « autre histoire de la pensée », est confronté à un désert parsemé de rares oasis, un manuscrit borgésien composé de pages brûlées, déchirées, tachées, raturées ou blanches de ne pas avoir été écrites. « L’histoire des opprimés est un discontinuum », remarque Walter Benjamin. Un discontinuum qui témoigne des mécanismes d’exclusion des femmes – dans l’histoire, le langage… Mécanisme illustré involontairement par la description faite par le jeune Lévi-Strauss au Brésil – la scène se déroule fin 1935 – pénétrant dans un village bororo déserté au moment de la chasse : « le village entier partit dans une trentaine de pirogues, nous laissant seuls avec les femmes et les enfants dans les maisons abandonnées » 1. Que reste-t-il dans le village ? Les femmes et les enfants. Personne.