Hors-série « L'art de parler »
Édito : je serai bref…
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Cet article est issu du Hors-série n°N° 51 de Philosophie magazine « L’art de bien parler », en kiosque le 18 novembre 2021. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Il y a des orateurs qu’on a envie de baffer. L’un est perché sur sa tribune : ses phrases se déroulent, harmonieuses, fluides, rien ne dépasse ; le ton enfle et désenfle comme la marée, il n’y a pas même un poil de nez qu’on pourrait tirer. Tout est parfait, beau comme l’antique, il n’y manque plus que la vie. L’autre est dans un dîner : son agilité verbale fait passer avec une facilité déconcertante des lieux communs pour les trésors de Golconde. Et pour les hésitants, les nuancés, les timides et autres handicapés de la parole, c’est frustrant, horripilant, exaspérant. Grand écrivain mais orateur moyen à la Chambre, le philosophe Alexis de Tocqueville (1805-1859) l’exprimait avec consternation : « Je m’habitue difficilement à parler en public ; je cherche mes mots et j’écourte mes idées. Je vois à côté de moi des gens qui raisonnent mal et qui parlent bien ; cela me met dans une rage continuelle. Il me semble que je suis au-dessus d’eux, et quand je veux paraître, je me sens au-dessous. »