Einfühlung

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Cet article est issu du numéro 130 de Philosophie magazine « Plaire, émouvoir, convaincre. L’art de l’éloquence », en kiosque le 29 mai 2019. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Langue d’origine : allemand

Traduit le plus souvent par « sympathie » ou « empathie », ce terme, introduit en philosophie en 1873, vient des romantiques allemands. À mi-chemin de la psychologie et de l’esthétique, il désigne la tendance profonde de notre vie affective à projeter nos sentiments (Gefühl) hors de nous-mêmes (Ein) dans les objets avec lesquels nous sympathisons. On dit ainsi non pas que le paysage me rend triste mais qu’il est triste. L’Einfühlung est « jouissance objectivée de soi » (Theodor Lipps, in Fondements de l’esthétique, 1903) : elle rend visibles les émotions et donne aux formes et aux couleurs leur expressivité. Le jaune nous paraît chaud, une paroi rocheuse menaçante. Plus exactement, elle est la projection d’une motricité : percevoir une forme, c’est l’esquisser. Car toute perception d’un objet est en même temps une manière de sentir le mouvement que nous déployons pour le saisir. Moment décisif de la pensée allemande, la théorie de l’Einfühlung est finalement jugée trop peu scientifique. Elle est vite remplacée par la phénoménologie qui dominera la philosophie du XXe siècle. Mais elle inspire les recherches esthétiques menées par Kandinsky au Bauhaus, lieu inaugural de l’enseignement de l’art abstrait.

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FacultéFaitIdéeMatièreRéalisme