Dossier / “Peut-on devenir meilleur ? Et si oui, comment ?”
Encore un effort…
Saint Pierre méditant, par Bernardo Strozzi (1581-1644), craies noire et blanche sur papier beige, 35 x 23,2 cm, collection privée. © Christie’s Images/Bridgeman
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Cet article est issu du numéro 181 de Philosophie magazine « Peut-on devenir meilleur ? et si oui, comment ? », en kiosque le 11 juillet 2024. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Comment s’améliorer ? La tradition philosophique offre trois grandes options éthiques pour y parvenir. Nous exposons ici ces voies, toujours actuelles !
Faire (au) mieux ! En deux ou trois mots, voici résumée toute l’ambition de l’éthique et une bonne part de la promesse philosophique. Trois grandes voies ont traditionnellement été défrichées depuis l’Antiquité, qui continuent de guider la réflexion et de paver le chemin de notre amélioration, tant personnelle que collective. Elles se distinguent selon qu’elles insistent plus ou moins sur l’individu ou sur le collectif, plutôt sur les principes ou sur les conséquences, sur l’excellence d’une norme ou sur la relativité du bien. La première d’entre elles consiste à perfectionner ses qualités morales proprement humaines, c’est la voie de l’école des vertus, dite aussi « arétaïste » (la vertu se dit aretè en grec). La deuxième voie, c’est l’école des devoirs, dite aussi « déontologique » (deonta signifie « devoirs » en grec) qui invite à se grandir en trouvant de façon autonome les principes de l’action bonne. La dernière voie, dite conséquentialiste, recherche par le calcul rationnel à maximiser le bien-être du plus grand nombre, en évaluant les conséquences de nos actions. Trois méthodes difficilement conciliables, voire tout à fait contradictoires : il vous reste à faire le meilleur choix !
L’école des vertus
L’idée principale
Fondée par Aristote, l’éthique des vertus (ou arétaïsme) parie sur le développement des capacités propres à chaque individu plutôt que sur l’idée générale du Bien. La notion de vertu (aretè) est concrète et renvoie à la possibilité pour chaque chose, chaque être de remplir au mieux sa fonction. La vertu du pianiste est de bien jouer. Pour cela, il a besoin d’exercices quotidiens, de contracter des habitudes. Mais aussi d’être guidé par un maître, une éducation. La vertu de l’être humain, en général, est de faire le meilleur usage possible de ses facultés intellectuelles ou encore de sa raison. Être vertueux au sens d’Aristote consiste donc à contracter des habitudes choisies rationnellement, parce qu’elles nous tiennent à l’écart des excès, de la soif de puissance ou de la débauche, mais aussi des manques, comme l’ascèse, l’avarice ou la négligence.
La grande œuvre
Éthique à Nicomaque
Sous le titre Éthique à Nicomaque ont été rassemblés un certain nombre de textes d’Aristote qui traitent de la morale, c’est-à-dire de la manière appropriée de guider sa vie. S’il semble placer au plus haut rang la vie contemplative, celle que mène le philosophe, Aristote admet aussi que celle-ci ne convient pas à tous. C’est pourquoi il recommande à la plupart des gens la vie active, l’engagement dans la Cité, avec les autres. Dans une vie active, il y a sans arrêt des décisions à prendre. Pour Aristote, la méthode qui permet d’arbitrer consiste à choisir toujours selon un « juste milieu » relatif à nous. Ainsi, le courage est un juste milieu entre la lâcheté et la témérité. La douceur est un juste milieu entre la colère et l’indifférence. S’améliorer consiste à se réguler, à se maintenir dans une forme de prudence qui nous permettra d’atteindre le bonheur.