La question des enfants

Est-ce qu’on peut dire que c’est un meurtrier, celui qui tue un animal ?

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Cet article est issu du numéro 62 de Philosophie magazine « 62 - septembre 2012 », en kiosque le 23 août 2012. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Marc, 12 ans

On a vu récemment dans les journaux la photo d’un roi qui était allé chasser l’éléphant en Afrique. Le fusil sur le bras, il souriait, mais, derrière lui, on voyait la masse énorme du pachyderme abattu, l’œil éclaté, la bouche sanglante. Scandale ! La beauté de la vie sauvage détruite par un seul coup de feu. Impression d’un terrible gâchis mais surtout d’un acte injuste commis par un personnage puissant. Peut-on alors parler d’un meurtre ?

Le Droit comme la morale ne qualifient un être humain de « meurtrier » que lorsqu’il tue volontairement un autre être humain. S’il a tout préparé à l’avance, on dit que c’est un assassin. Mais ta question, cher Marc, reste très troublante. Quand j’étais enfant, j’accompagnais une fermière qui allait choisir un lapin dans le clapier pour notre repas. Elle saisissait l’animal par les oreilles, l’attachait à une échelle, le saignait, puis lui arrachait la peau d’un seul coup, comme une grenouillère. Avec d’autres enfants, je la regardais, impatient qu’elle lui coupe les pattes, car elle en donnait une à chacun de nous, comme « porte-bonheur » ! Bien sûr, jamais nous n’aurions considéré cette femme comme une meurtrière ! À midi, nous mangions le civet avec appétit, chacun sa patte de lapin au fond de la poche. Que dire aujourd’hui ? Étions-nous de petits aveugles face à un crime ? Les complices d’un meurtre ?

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