Et vous, êtes-vous normal ?

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Cet article est issu du numéro 47 de Philosophie magazine « 47 - mars 2011 », en kiosque le 24 février 2011. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Suis-je vraiment normal ? Voilà une drôle de question qui hante nos vies trop modernes. Une question qui ne serait jamais venue à l’esprit des générations anciennes, mais qui désormais anime notre centre de gravité même. C’est qu’avant, disons jusque dans les années 1950, la réponse était évidente : les règles de la tradition, les prêches de l’église, les discours de la République énonçaient la loi. Ils traçaient ainsi une frontière nette entre la « normale attitude » et le comportement anormal, entre le conformisme et la rébellion, entre les mœurs bourgeoises et la vie bohème. Or c’est précisément cette frontière qui a volé en éclat dans la foulée de la révolution de Mai 68. À partir des années 1970, ce sont les idéaux rock (Bob Dylan ou les Rolling Stones) et les pensées de la déconstruction (Foucault ou Deleuze) qui donnent le la. C’est ainsi que les classes moyennes vont accueillir en leur sein les vibrants exemples de l’artiste libre ou du fou poétique, du bandit romantique ou du révolutionnaire idéaliste. Avec des effets spectaculaires : c’est que, peu à peu, la nouvelle classe dominante a pris le visage de « la bourgeoise bohème », raillée par les moralistes pour sa capacité à mixer les signes de la rébellion et le conformisme de la consommation.

Mais si les « bobos » obsèdent tant – Renaud en a fait un tube –, c’est que leur confusion est aussi la nôtre. Vous savez, ce sentiment d’être toujours « trop » ou « pas assez », de chercher une limite qui toujours nous échappe. Qu’est-ce qu’en effet la norme aujourd’hui et qu’est-ce qui est subversif ? Être un bon père de famille ou mener une vie de noceur ? Écouter des cantates baroques ou des tubes électrorock ? Entreprendre une carrière de businesswoman ou s’engager dans une aventure humanitaire ? Force est de constater que les cartes sont à ce point brouillées que la question est devenue, disons, très ouverte.

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