Langue vivante
Faut-il réformer la langue française ?
Dictionnaire français “Le Petit Larousse”, ouvert à la page comportant la définition du terme “bolos”, qui est l’un des 150 nouveaux mots ayant fait leur entrée dans l’édition 2016. © Eric Feferberg/AFP
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Alors que s’inaugure bientôt la Cité internationale de la langue française, le collectif des « Linguistes atterrés » affirme, contre toute idée reçue, que « le français va très bien, merci ». L’occasion de poser le diagnostic de notre langue et de questionner ceux qui en assument réellement l’existence : institutions, scientifiques ou usagers ?
L’inauguration de la Cité internationale de la langue française, au château de Villers-Cotterêts dans l’Aisne (02), devrait avoir lieu fin juin 2023, après plus de trois ans et demi de travaux et plusieurs centaines de millions investis. En 1539, l’édifice entrait dans l’histoire alors que François Ier y signait l’ordonnance éponyme imposant le français dans les actes juridiques et administratifs du royaume. Laissé à l’abandon depuis 2014, il redeviendra donc, sous la direction de Paul Rondin, un lieu institutionnel central de la langue française.
Justement, cette langue, comment se porte-t-elle ? « Le français va très bien, merci. » Voilà la réponse des « Linguistes atterrés » – un collectif de dix-huit linguistes francophones parmi lesquels Jean-Marie Klinkenberg, professeur émérite de l’université de Liège, ou encore Anne Abeillé, membre du laboratoire de linguistique formelle au CNRS. Dans un « tract » paru en mai, ces spécialistes dressent un diagnostic optimiste face à la prétendue décadence de la langue française et encouragent une réforme pour faciliter les usages et prendre en compte leur diversité.
La langue classique : un enjeu du pouvoir politique
« Toute langue est fasciste » proclamait, provocateur, Roland Barthes dans sa leçon inaugurale de 1977 au Collège de France : « La langue, comme performance de tout langage, n’est ni réactionnaire ni progressiste ; elle est tout simplement : fasciste ; car le fascisme, ce n’est pas d’empêcher de dire, c’est d’obliger à dire. » La langue serait donc un pouvoir. Il est vrai que très tôt, le pouvoir politique s’en est emparé et a forgé une langue classique à son service. En 1539, le français supplante le latin comme langue d’État par l’ordonnance Villers-Cotterêts. Près d’un siècle plus tard, en 1635, Richelieu fonde l’Académie française avec la volonté d’unifier et de normaliser la langue. Or cette normalisation suppose l’exclusion des singularités : l’Académie, en édictant la norme, en fait un signe d’appartenance à la bonne société, au bon usage. Dans les notes préparatoires du premier dictionnaire, il est ainsi indiqué que l’orthographe servira à « distinguer les gens de lettres d’avec les ignorans et les simples femmes ».