Hors-série “Le Seigneur des anneaux”

Dans la bibliothèque philosophique de Tolkien

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Dans la bibliothèque philosophique de Tolkien

John Ronald Reuel Tolkien.©Topfoto/Roger-Viollet

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Cet article est issu du Hors-série n°N° 54 de Philosophie magazine « “Le Seigneur des anneaux”. Le mythe Tolkien », en kiosque le 21 juillet 2022. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Peut-on étudier la philologie à Oxford sans lire de philosophie ? Improbable, affirment les spécialistes de Tolkien. Les influences philosophiques qui ont marqué le parcours de l’auteur du Seigneur des anneaux se dessinent de plus en plus nettement. Panorama.

 

L’Antiquité

Tolkien possédait une certaine connaissance de la philosophie antique. Au Collège d’Exeter, son professeur en la matière fut Lewis Richard Farnell, qui a analysé, dans Greek Hero Cults and Ideas of Immortality, le rapport entre culte des ancêtres et culte des dieux. Il étudia aussi Platon : le 27 février 1913, il composa sur deux des trois dialogues suivants, le Gorgias, le Protagoras, et la République (qui raconte le mythe de l’anneau de Gygès). La récurrence du thème de l’Atlantide-Númenor peut être un emprunt au Critias, et le qualificatif de « démiurge » pour qualifier l’œuvre des Valar fait certainement écho au Timée.

Il avait probablement lu Aristote (il possédait l’Aristotle’s Theory of Poetry and Fine Art, du philosophe Samuel Henry Butcher, et fut le collègue à Leeds de Charles Melville Gillespie, auteur de The Aristotelian Categories). Certains commentateurs (Verlyn Flieger, Jonathan S. McIntosh, etc.) soulignent une possible influence néoplatonicienne à travers l’œuvre de Plotin. On sait enfin qu’il détenait quelques ouvrages du stoïcien Cicéron, La Guerre du Péloponnèse, de Thucydide, ainsi que les Dicts and Saying of the Philosophers de Curt Ferdinand Bühler, un recueil de sentences antiques.

 

Les classiques

À la charnière de l’Antiquité et du Moyen Âge, deux auteurs ont particulièrement compté dans la réflexion de Tolkien sur le mal comme privation (privatio) du bien, sur la prescience divine et sur le libre arbitre. Boèce, d’abord, dont il a étudié à Exeter la Consolation de la philosophie dans sa traduction remaniée par Alfred le Grand (849-899), où se déploie une morale compatible avec la foi, mais sans référence religieuse. Augustin, ensuite, dont il possédait la traduction des Soliloques par le même Alfred. Tolkien a aussi annoté la Somme théologique, de Thomas d’Aquin, de laquelle est manifestement reprise la distinction entre désirs « naturels » (de l’espèce), « personnels » et « illusoires » dans l’Athrabeth Finrod ah Andreth. Sa bibliothèque comptait aussi le Canon medicinae d’Avicenne, De la monarchie, de Dante, et d’autres textes moins connus : The Debate of the Body and the Soul, classique médiéval modernisé par Francis James Child, De miseria condicionis humanae du futur pape Innocent III, ou A Discourse of the Liberty of Prophesying, de Jeremy Taylor.

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