Intervention
Fin de l’enseignement obligatoire du grec et du latin à Princeton : peut-on connaître l’Antiquité en ignorant sa langue ?
Université de Princeton (États-Unis). © Xhowardlee/CC BY-NC-SA 2.0/Flickr
En avril, la prestigieuse université de Princeton, aux États-Unis, a décidé de ne plus exiger la connaissance du latin ou du grec pour suivre le cursus du Classics Department – le département d’études de la Rome et de la Grèce antiques. L’objectif ? Rendre accessibles ces disciplines réputées élitistes à de plus larges pans de la population – ce qui, dans le contexte des États-Unis, signifie notamment l’ouvrir aux communautés afro-américaines et latinos. Une démarche qui intervient au même moment où des mouvements étudiants militants appellent à refuser le grec et le latin, qu’ils associent à une culture esclavagiste. Tout un débat s’est donc engagé en France comme aux États-Unis. Peut-on sérieusement étudier « l’histoire, la langue, la littérature et la pensée de la Grèce et de la Rome antique », comme l’indique le site de Princeton… sans en maîtriser la langue ?
Pour le spécialiste de la Rome antique Pierre Vesperini, sans la langue, on se condamne à « rester sur le seuil » de l’Antiquité. Dans l’interview qu’il nous a accordée, il se propose de faire tenir ensemble une critique de l’élitisme discriminatoire des études classiques et un vibrant plaidoyer pour le maintien du latin ou du grec obligatoire.
Mais ce n’est pas tout, puisque nous publions aussi le témoignage puissant d’une chercheuse afro-américaine, Whitney Snead. Elle a suivi un cursus en études classiques dans une université américaine et y a fait, de l’intérieur, l’expérience constante et douloureuse des discriminations raciales. Pour autant, elle juge la décision de Princeton simplement « ridicule ». Une réponse en deux temps à une question politique et historique qui va au-delà de Princeton.